Adapté pour l’écran par l’auteur lui-même, Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires tente de confronter le mythe vampirique à celui des grandes figures américaines. L’uchronie a été parfois utilisé de façon intelligente et philosophique par des auteurs de science-fiction tel Philip K. Dick et son Maitre Du Haut Château. Il y imagine un monde où l’Allemagne, l’Italie et le Japon auraient gagnés la guerre et où un écrivain imagine ce que ce monde aurait été si les alliés avaient gagnés. Ou bien, plus proche de nous Bloodsilver de Johan Elliot auquel le romancier et scénariste d’Abraham Lincoln a forcément pensé en écrivant son roman. Dans le livre d’Elliot (sous le pseudonyme de Wayne Barrow) les vampires débarquaient sur les plages américaines au même moment que le Mayflower. Mais là où Elliot tente une approche réaliste, laissant parfois les vampires de côté, Seth Grahame-Smith privilégie le fun de voir en Abraham Lincoln l’ancêtre des super-héros. Pourquoi pas. Mais à l’ambition du roman, le film en ajoute une autre: renouveler le film d’horreur. Rien que ça. Le film ne réussi ni l’un, ni et surtout, l’autre. Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires se trouve devant plusieurs problèmes que le réalisateur n’a pas su ou voulu résoudre.

Le film Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires

Le premier est de ne pas assumer ses choix. Ainsi, la promesse de l’uchronie fait ici figure de gadget et semble en rester aux grandes lignes de l’Histoire de cette période. Or, plus les détails sont historiquement prouvés, plus l’imaginaire peut se laisser aller et plus l’uchronie est solide. Étonnant aussi de ne pas exploiter la réalité historique de la jeunesse d’Abraham Lincoln au potentiel romanesque pour en inventer une autre bien plus modeste mais sans aucun intérêt. De la même façon, loin de renouveler le film de genre horrifique, le cinéaste préfère nier l’horreur de la situation. Amateurs de sensations fortes, passez votre chemin. On sera toujours plus horrifié par la crémation des jouets dans Toy Story 3 que par les attaques de vampires du film de Timur Bekmambetov. Reste alors au réalisateur à pousser le film vers la comédie d’action, que semble avoir conservé Seth Grahame-Smith lors de l’écriture de son scénario. Là encore, il semble difficile pour le réalisateur d’assumer la coolitude qui pourrait se dégager de combats d’art martiaux improbables entre le respectable président et des vampires assoiffés de sang. Avec le plus grand sérieux, au contraire, Abe savate à coup de hight-kick les dentiers des différentes goules. Il faut voir également les entrainements à la hache que pratique Abe, filmé au ralentit sans une once de second degrés, donc de fun. Pathétique. A tout ces choix désastreux s’ajoutent des gimmicks visuels et sonores dont le rôle est, sans doute, de booster une chorégraphie des combats particulièrement balourde. On est très loin de la virtuosité d’un Guillermo Del Toro et de son Blade 2. A vrai dire, Abraham Lincoln Chasseur de Vampire arrive à peine au niveau d’un Underworld.

Le second est de décrédibiliser le figure historique et mythique d’Abraham Lincoln. Le réalisateur évacue le plus possible les choix politiques de l’homme, qui ont fait de lui une figure mythique de la construction des USA et choisi pour l’incarner un acteur dénué de tout charisme. Face à lui le Roi Vampire à l’avantage d’être incarné par l’étrange et rare Rufus Sewel dont le regard en fige plus d’un. D’un point de vue casting, y a pas photo, le vampire aura raison du président. Il faut croire, que pour les auteurs du film, cela ne suffisait pas. Ainsi le personnage de Abe est doté d’une personnalité simple, voire naïve, limite neuneu : Face à l’évidence il lui faudra longtemps avant de mettre le doigt sur l’essence vampirique de son ami Henri. Dans un récit où seuls les vampires ne supportent pas le soleil au point de passer leur temps a s’enduire de crème et de porter des lunettes de protection lorsqu’il est nécessaire de supporter le jour, on se demande comment un type qui ne le remarque pas peut dans le même temps être un grand stratège politique au point de devenir le président des états unis.

Tous les ingrédients étaient donc réunis pour une bonne comédie bien lourde, à l’image de cette fausse bande-annonce coincée dans UHF avec Weird Al Jancovic où ce dernier incarnait Gandhi, revenant pour bottant les fesses des voyous a coups de kung-fu et de mitraillette. Si ce choix avait été assumé, à la limite il aurait été possible de prendre l’objet comme tel. Un simple divertissement sans prétention. Mais voilà, Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires est un film prétentieux qui n’a pas les moyens artistiques de l’être. Tim Burton qui a pu par le passé être un producteur très intrusif semble avoir ici laissé son bateau a la dérive.

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