La critique du film 11.6 de Philippe Godeau (2013)

Publié parFredleoctobre 14, 2018|

Au mois de novembre 2009, une affaire défraye la chronique. Un convoyeur de fond disparaît à l’insu de sa propre équipe avec les 11 600 000 euros que contenait le véhicule de transport blindé de la société pour laquelle il travaillait. Compte tenu du montant de la somme et du mode opératoire qui ne cause aucune victime, Toni Musulin devient instantanément une célébrité, traqué par la police et encensé sur les réseaux. Le réalisateur d’Un dernier pour la route choisit de nouveau de se frotter à l’adaptation en passant par l’ouvrage rédigé en 2011 sur la base du témoignage de Musulin aujourd’hui en prison.

Le film 11.6

Pour son second long-métrage, Philippe Godeau renouvelle sa confiance dans François Cluzet pour incarner le premier rôle. Le Toni Musulin de 11.6 est un homme secret, aigri et désabusé qui cherche un moyen de vivre ses désirs comme il le souhaite, cherchant à briser sa routine. Car ce qui semble obséder cet homme c’est le regard des autres, le regard de la société sur autrui et des jugements de valeur faits au premier abord. Il sait qu’un jour la chance tournera en sa faveur et qu’il pourra prendre sa revanche contre sa direction qui le méprise depuis plusieurs années. Lentement mais surement, Toni échafaude alors un plan qui aboutira à l’un des plus grands et osés casses du siècle.

Il est intéressant de constater que Philippe Godeau choisisse d’aborder aussi rapidement le cas de Toni Musulin. En effet, l’affaire n’est toujours pas résolue. Bien que la police ait retrouvé sa planque, seulement 9,5 millions d’euros ont été retrouvés. Un peu plus de 2 millions manquent à l’appel et l’enquête à ce propos est toujours au point mort. Un peu à la manière du cinéma américain, 11.6 s’empare par la fiction d’un fait très récent d’une part pour tout l’aspect bigger than life de cette histoire et d’autre part pour essayer de mettre en lumière certains de ses détails. Or, malgré tout le travail entreprit par Philippe Godeau, son film reste le meilleur témoin des zones d’ombres qu’il reste autour de cette affaire.

Tiré du livre d’Alice Geraud-Arfi dans lequel Toni Musulin donne sa version des faits, le long-métrage n’apporte rien de plus que ce que l’on sait déjà. C’est là l’une des principales faiblesses de 11.6 qui s’empresse d’adapter ce vol sans en savoir plus dessus lors de son écriture. Ainsi, presque tout l’intérêt du film repose sur l’interprétation sans faille d’un François Cluzet inquiétant et mutique, mais dont la caractérisation de son personnage reste au final encore trop floue. Il faut également rappeler qu’au moment des faits, Musulin avait 39 ans. Approchant de la soixantaine, Cluzet fausse involontairement les pistes avec son allure de vieux briscard qui en a trop vu ou pas assez.

Même si on le compare à Mesrine ou Spaggiari compte tenu du montant volé, le peu d’action dans l’affaire Musulin ne se retrouve que lors du casse. En dehors de ce passage, il ne se passe rien pour ainsi dire. Plus orienté drame que thriller ou policier, tout le film de Philippe Godeau se concentre essentiellement à définir la psychologie de Toni et des relations ambiguës qu’il tient avec son entourage. Un entourage très bien interprété également avec la présence de Bouli Lanners et Corinne Masiero. Il est cependant difficile de comprendre pleinement le mobile de Musulin. L’argent ? La vengeance ? L’envie de se lancer dans une nouvelle vie ? On ne le saura sans doute jamais, comme ce qu’il est advenu de ces 2 millions d’euros qui manquent.

Adaptation précipitée d’une affaire spectaculaire, on ne retiendra de 11.6 que l’interprétation instinctive de François Cluzet d’un personnage définitivement opaque.

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