Résumé : Scarlet, c’est l’histoire d’une femme poussée au bord du gouffre par tout ce qui va de travers dans le monde… Une femme qui décide de se lever et de se battre…Une femme qui ne reculera devant rien…Une femme qui découvre en elle le pouvoir d’initier une révolution américaine moderne. Une fille qui ne se contente pas de s’indigner contre l’ordre établit et le monde pourri dans lequel elle vit, mais qui va se battre et ne reculera devant rien.

Les premières cases nous montrent d’ailleurs l’héroïne en train d’étrangler un policier dans une ruelle… Le moins que l’on puisse dire, c’est que Scarlet commence sur les chapeaux de roue. La jeune femme nous prend de suite à partie en brisant le « 4ème mur », mur imaginaire qui sépare habituellement le spectateur/lecteur du protagoniste en s’adressant directement à lui. La narration sous formes de différentes bulles, selon qu’elle s’adresse à un personnage ou au lecteur peut perturber au début mais on s’y habitue assez vite.

Bendis met en scène une narration complexe, qui peut déstabiliser puisqu’en s’exprimant directement au lecteur, Scarlet l’entraine dans sa rébellion. Elle l’implique directement, le prend à partie, la questionne et le remet en question, faisant presque de nous un personnage à part entière de l’aventure.

Et le propos est sombre. En nous impliquant dans l’histoire, Scarlet nous encourage à en découvrir plus sur elle, son histoire et les raisons qui l’ont poussé à initier cette rébellion. Il ne cherche pas non plus à faire de nous des victimes mais à faire réagir son audience. Il n’y a pas de victimes, pas (encore…) de grands vilains charismatiques, mais bien une civilisation bouffée par son replis sur elle-même.L’auteur utilise la rébellion de son personnage pour dénoncer un monde brisé, corrompu jusqu’à la moelle et qui ne fonctionne plus. Le gouvernement, les forces de police et le bon vouloir des médias sont ce qu’ils sont parce qu’on l’a bien voulu.

Un événement tragique et révoltant va bouleverser l’univers de notre protagoniste et allumer l’étincelle qui va enflammer l’Amérique. Cet élément déclencheur est d’ailleurs symptomatique du travail de Bendis, qui désire un engagement total de son lecteur. Tout comme Scarlet, on est d’abord effrayés, choqués, bouleversés puis dégoutés et enfin révoltés par la tournure que prennent les événements. Exactement comme le désire l’auteur.

Le travail à l’aquarelle Maleev est exceptionnel, comme à son habitude. Sombre et débordant du cadre photo-réaliste que le dessinateur utilise d’habitude, il utilise la répétition et les images de Scarlet nous fixant pour aider la narration. On a l’impression d’avoir une conversation avec une vieille amie. Seule la chevelure écarlate de la protagoniste brise la monotonie et la rigueur dans l’univers corrompu de son comparse Bendis. Les scènes de flash-back sont les plus lumineuses, mettant l’accent sur la naïveté et le bonheur que l’héroïne pouvait ressentir. Ce qu’il reste du monde est pesant et sale.

En résumé : Scarlet est un comic book aussi brillant que noir. Le propos est pessimiste mais pas résigné. Il nous invite à nous battre pour ce en quoi nous croyons et à suivre son héroïne dans son combat. Le «4ème mur» est brisé de façon intelligente et passionnante. Le dessin est excellent et colle parfaitement à l’univers et l’atmosphère du récit. On attend cependant un peu plus d’action dans les tomes à venir et voir se concrétiser toutes les explications et motivations décrites dans les premiers opus
Points forts:

Une héroïne féminine forte et indépendante
L’artwork est toujours excellent
Une histoire mature et engagée
Le récit est engageant et maîtrisé

Points faibles:

La narration sous formes de différentes bulles peut déranger au premier abord.
Pas un comic book à mettre entre de mains innocentes
Les premiers tomes sont très explicatifs
Les couleurs sombres fatiguent vite si on y est un peu sensible

Par

Tags , , , , ,