Synopsis: La rumeur parcourt Gotham. Tous les criminels craignent son retour. Depuis qu’il a atterri à l’asile d’Arkham, la ville a changé. Il n’y a plus de respect. Mais Jonny Frost sait que la libération qui arrive à grand pas apporte avec elle son lot d’opportunités. Et il est bien décidé à saisir sa chance. Celui qui s’avance entre les grilles de l’asile porte un nom que personne n’a oublié. Le temps est venu pour le Joker de reprendre les rênes de Gotham City.

Sorti seulement quelques mois après la réapparition du Joker sur grand écran dans The Dark Knight, la ressemblance physique entre l’interprétation désormais légendaire de Heath Ledger sur grand écran et le personnage décrit est frappante. Azzarello et Bermejo démentent pourtant avoir su à l’avance à quoi allait ressembler le Joker dans l’adaptation de Nolan. Coïncidence ou rencontre de grands esprits ?

L’histoire est assez linéaire et simple. Le Joker cherche à regagner sa place de maître de la ville, et surtout de sa criminalité en mettant à sa botte ou éliminant toutes les personnes s’étant partagés une part du gâteau pendant son absence. On retrouve  le style Azzarello, le maître du «roman noir» avec en tête d’affiche 100 bullets. La présence de Batman est sporadique, presque dispensable. Il reste un personnage tapis dans l’ombre, la lumière étant dirigée en permanence sur sa Némésis.

Des nombreuses apparitions du Joker ces dernières années, nombreuses ont été celle le décrivant comme un fou génial, comme par exemple dans The Dark Knight. Ici aussi, il n’hésite pas à verser dans la violence pour arriver à ses fins, impressionner et choquer (Spoiler : avec par exemple une scène où le Joker prend possession d’un club underground en « dépeçant» le propriétaire…). Le choc, le sens du spectacle, c’est après tout l’essence même du personnage depuis son apparition il y a 70 ans. Même si les gadgets et le comique du personnage tendent à disparaître, sa maîtrise du «show» reste elle bien intacte. Contrairement à leur tentative dans Lex Luthor : Man of Steel, l’auteur ne fais pas de son protagoniste le narrateur de l’histoire. Il parait en effet évident qu’une plongée directe dans l’un des esprits les plus brillants et dérangés du monde des comics ne rendrai pas justice à la complexité du personnage. Le narrateur est Johnny Frost, (Johnny Boy, comme l’appelle le Joker), un truand à la solde du Clown Prince du Crime, à la recherche d’un peu de gloire dans l’ombre du psychopathe.

Le comic book dispose d’une galerie de visages connus: le Joker évidemment, mais aussi Harley Quinn (trop peu souvent représentée dans des œuvres «sombres»), Double-Face, le Pingouin, le Sphinx ou encore Killer Croc. Ce dernier est d’ailleurs l’un des plus intéressants. Fini la créature, plus proche de la bête que de l’être humain. Le personnage nous est représenté comme un homme noir musclé présentant une «simple» maladie de la peau, ce qui la rend écailleuse. Pas de queue, pas de griffes acérées: son sobriquet de Killer Croc lui vient surtout du fait qu’il utilise le cannibalisme comme moyen de se débarrasser des preuves de ses méfaits.

Le dessin est à la hauteur du récit: dérangeant et graphique. On distingue cependant parfois une alternance entre des pages méticuleusement peintes et d’autres colorées plus classiquement. Peut-être Bermejo voulait-il mettre l’accent sur certains panels, certains détails plus importants. Le ville de Gotham reprend un style gothique assez classique pour elle, mais aussi une représentation de ses bas-fonds avec une vie clandestine et criminelle plus vivace que jamais. Une chose est sûre: personne n’aurai envie de se promener dans ses rues un dimanche après-midi!

En résumé : Le comics «Batman: Le Joker» est à l’image de son personnage principal: Dérangeant, violent et génial. Il fait partie de ces œuvres qui rivaliseront peut-être dans le temps avec «The Killing Joke», étape majeure dans l’exploration psychologique de ce personnage aussi insondable qu’intriguant qu’est le Joker.
Points forts:

Un voyage dans les bas-fonds de Gotham en compagnie de son plus emblématique ressortissant
Un vrai «roman noir», violent et maîtrisé
Certaines pages peintes magnfiques

Points faibles:

Les pages colorées font «cheap» par rapport aux autres peintes.
Pas énormément de rebondissements. Le récit est assez classique.
Pas vraiment d’explication sur le passé du Joker, son absence et son retour à Gotham.

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