[Review BD] L’Expédition T1 : Le lion de Nubie de Richard Marazano et Marcelo Frusin

[Review BD] L’Expédition T1 : Le lion de Nubie de Richard Marazano et Marcelo Frusin

Résumé : Le 1er volet de L’Expédition commence en Égypte avec la découverte par une centurie romaine d’une embarcation à la dérive. À son bord se trouve le cadavre d’un homme noir portant sur lui des documents dans une langue inconnue et de riches bijoux, autant d’éléments suggérant l’existence d’une civilisation riche et puissante. Une civilisation inconnue de Rome. Le centurion Caïus Bracca ne pouvant pas monter d’expédition officielle, il organise la désertion de dix hommes et les envoie, sous les ordres de Marcus Livius, à sa recherche. Seuls trois d’entre eux parviendront effectivement aux portes de ce royaume fabuleux, et Marcus Livius sera le seul à en revenir pour raconter leur incroyable aventure.

« L’Expédition » est la nouvelle tétralogie du scénariste Richard Marazano (Complexe du chimpanzé, Protocole Pélican, Génétiks ou encore S.A.M) et du dessinateur Marcelo Frusin (Hellblazer, John Constantine, Loveless) pour le compte des éditions Dargaud. Le premier tome « Le lion de Nubie » est disponible depuis février chez tous les libraires qui se respectent.

Avec cette nouvelle saga, préparez-vous à plonger en haute Égypte sous l’occupation de l’Empire romain. Une occasion de voir le mode de vie de cette époque assez rarement mis en images, mais aussi de faire une critique intemporelle de l’impérialisme d’une manière générale, et de sa quête de richesse en particulier.  Quête qui poussera une équipe de 10 légionnaires romains aux caractères archétypaux, mais efficaces, à traverser une bonne partie de l’Afrique, vers de lointaines contrées afin de trouver cet Eldorado tant convoité. À travers cette histoire, ce sont des thèmes comme l’obéissance, le courage, le mystère ou encore la chasse au trésor qui sont abordés. Sur le principe cette histoire peut vous faire penser à des titres tels qu’Empire de Merwan et Vivés ou encore à Long John Silver, qui traitent des thèmes similaires.

L’aventure commence par un flash floward, nous montrant Marcus Livius, le héros de cette aventure, prisonnier des romains et accusé de trahison contre l’empire et contre le centurion qu’il avait juré de servir, Caïus. Marazano utilise là une technique assez classique, mais qui a l’avantage de focaliser le lecteur sur l’aventure à venir en lui annonçant par avance que les choses vont mal se passer et renforce d’autant plus la tension dramatique à venir.

Après la présentation du cadre géopolitique et de l’introduction de l’élément perturbateur, Marazano se lance dans un exercice souvent périlleux, le casting du groupe de héros. Dans ce cas-là, le scénariste réussit bien l’épreuve en nous offrant 10 personnages, et nous raconte une histoire d’hommes dans un environnement hostile. En prenant le temps de présenter et de développer ses personnages et grâce à la qualité des dialogues, l’auteur nous permet de plonger dans ce groupe, d’avoir l’impression qu’ils se charrient juste à côté de nous, que nous sommes intimes avec eux et, en quelque sorte, de nous faire devenir le 11e homme de la troupe.

L’auteur leur fait traverser une succession de dangers, qui auraient dû certainement apporter du rythme à la BD. Mais, le tout est assez elliptique et montre par moments des enchaînements abrupts qui viennent casser cette notion de rythme. On regrettera aussi que ces péripéties vécues par la troupe soit assez clichés et d’autant plus qu’on peut y voir quelques inexactitudes documentaires, qui ne choqueront que les gens connaissant un tant soit peu l’Égypte. Malgré tout, l’auteur arrive bien à nous montrer le passage d’une équipe assurée à une équipe désespérée, oubliant tout de la rigueur des légionnaires. Alors oui le scénariste arrive à insuffler à son aventure antique, le suspens annoncé sans trop en révéler sur le fameux mystère au cœur de l’expédition, mais l’intrigue reste trop classique et le cliffhanger ne surprend pas vraiment. Le tout est un peu léger afin de donner envie aux lecteurs d’attendre le tome 2.

Pour sa part, Frusin nous propose des planches pleines de détails venant donner une touche de réalisme à ce récit historique. Et via ses paysages grandioses, l’artiste nous fera traverser l’Afrique, des déserts arides d’Égypte à la jungle mystérieuse, de quoi assurer le dépaysement. C’est d’ailleurs lors de l’arrivée dans cette jungle et grâce au jeu couleurs mis en place, que l’atmosphère globale change afin de nous faire passer d’une ambiance réaliste à quelque chose de plus fantastique. On sait que Frusin a beaucoup travaillé pour l’industrie des comics et visuellement, cela se ressent. Les postures et les expressions des visages sont très expressives tout en gardant l’aspect viril de ces guerriers qui n’auraient rien à envier à certains super héros. Les scènes de combat sont d’ailleurs très bien mises en scène, grâce à une composition bien étudiée, et mette bien en avant la puissance épique de l’œuvre. Cependant, le trait épais de l’artiste pourra déplaire à certains lecteurs, donnant parfois une sensation trop présente de rudesse. On notera aussi ici et là quelques perspectives maladroites ainsi que la réutilisation de certains dessins à l’identique sur certaines pages (notable sur la page 7 et 11). De plus si la colorisation arrive à magnifier la jungle, le résultat reste plus mitigé quand il s’agit de pages plus sombres comme celle du début se déroulant dans une prison.

En résumé : Avec le lion de Nubie, Marazano et Frusin nous livrent un premier tome en demi-teinte. Aux dessins époustouflants de Frusin répondent les dialogues bien sentis de Marazano. De plus, le dépaysement et l’aventure mis en avant sont bien au rendez-vous. Malgré ses nombreuses qualités, son ultra classicisme fait que l’album n’arrive pas vraiment à convaincre, laissant sur sa faim le lecteur et l’obligeant à attendre le tome 2 pour savoir si cette aventure en vaudra la peine d’être vécue jusqu’au bout. Un tome honorable, mais pas inoubliable…
Points forts:

Une œuvre à potentiel
Une vision intéressante des notions de l’impérialisme et du devoir
Des graphismes dépaysant et ultras détaillés

Points faibles:

Un récit assez classique
Quelques erreurs scénaristiques & graphiques

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