Résumé : Pour les Vikings, un « Skräeling » est un infirme de naissance, autant dire une malédiction. Pourtant, Asgard, ancien guerrier de la Hilde, surnommé « Pied-de-fer » à cause de sa jambe d’acier, est le plus grand chasseur du Fjöordland. Embarqué sur un drakkar de fortune, Asgard se lance à la poursuite d’un monstre marin mystérieux qui massacre les pêcheurs. Tandis qu’ils s’enfoncent dans les fjörds glacés, ses compagnons de voyage se persuadent que la créature qu’ils poursuivent est le serpent-monde, dont la venue annonce la fin du monde viking… Le Ragna Rök.

A la barre d’Asgard, on retrouve Xavier Dorison  (Long John Silver, Le Troisième Testament, Sanctuaire…) au scénario et Ralph Meyer (Berceuse Assassine, Ian) au dessin. À noter que ce n’est pas la première collaboration de ces deux artistes, puisqu’on leur doit déjà le spin off dédié à XIII, XIII Mystery, chez le même éditeur.

Asgard nous plonge dans les traditions de la culture viking par l’intermédiaire de cet enfant atteint d’une malformation à la jambe qui aurait dû être sacrifié. Fou de rage contre les dieux, son père va alors le nommer du même nom que le royaume de ces derniers, Asgard. On le retrouve quarante ans plus tard, ex-guerrier, solitaire, vivant retranché du reste du monde en tant que chasseur réputé de monstres. Asgard est l’archétype du guerrier solitaire et rejeté des siens. Mais quand un nouveau danger paralyse tout un petit village de pêcheurs, il va être finalement requis en dernier ressort pour sauver les habitants et rejoindre un groupe hétérogène composé d’un prêtre fanatique, d’une veuve guerrière et d’une apprentie, elle aussi rejetée par les siens.  Tout ce petit monde se retrouvant sous l’autorité d’un seigneur de guerre, contraint à mener une telle expédition. Le drak sert alors de huit-clos, permettant de rapprocher des personnages qui ne se fréquenteraient pas en tant normal et qui apparaissent ici sous un jour nouveau. Comme souvent avec les héros solitaires et badass, c’est la jeune fille frêle et innocente qui arrivera à faire craquer la carapace du héros, et nous permettra d’en apprendre un peu plus sur son passé.

Si par certains aspects l’histoire vous fait penser à Thorgal, il semblerait que cela ne soit pas anodin puisque le projet était à l’origine un spin off, depuis annulé,  de la série de Jean Van Hamme. Des références à des œuvres telles que Beowulf (issu lui aussi des mythologies nordiques) ou à Moby Dick sont assez facilement identifiables. D’ailleurs, celle à Moby Dick, en plus d’être évidente, semble pleinement assumée.

Avec Asgard, on voit tout de suite que Dorison veut se concentrer sur la chasse épique de son petit groupe et décide pour se faire de tout miser sur l’efficacité maximum et un rythme soutenu. Tout se met en place assez vite, avec justesse. En ça l’auteur décide d’aller à l’essentiel en fournissant les informations nécessaires aux lecteurs, sans s’encombrer de superflu. Ce choix permet de nous faire vivre la tension présente sur le bateau et de s’assurer que notre concentration est à 100 % là où Dorison veut qu’elle soit. Cette pratique est assez risquée, mais au final l’exercice est maîtrisé et rend le tout assez atypique. On a donc affaire à des planches avares en dialogues, mais diablement fluides qu’on enchaîne rapidement afin de suivre les mésaventures de Pied de Fer et sa troupe. Mais voilà, bien que cela soit efficace c’est peut-être bien là son principal défaut. Le rythme étant si haletant et rapide qu’on enchaîne un peu trop vite les pages, sans toujours bien prendre le temps d’observer à leurs justes valeurs les casses de Meyer, et en peu de temps, on se retrouve déjà à reposer l’album que l’ont vient de dévorer.

Cette volonté d’aller vite se retrouve même dans la structure de l’œuvre puisqu’Asgard ne durera que le temps de 2 tomes. Ce qui est assez dommage vu que l’auteur nous propose des personnages et un univers intéressant. Une volonté d’aller trop vite, de faire autre chose ? Dans tous les cas un sentiment de gâchis se fait un peu sentir. Ce rythme rapide ne veut pas dire pour autant que nous n’avons à faire qu’à des scènes d’action, non bien au contraire, Dorison développe discrètement différentes choses, comme le rapport entre la religion et la chasse, l’évolution d’une époque et un peuple viking qui semble avoir du mal à s’y faire. Le scénariste pense même à nous initier aux mots typiques de cette région par l’intermédiaire d’un lexique en introduction. Sans entrer trop dans les détails, le scénariste nous présente à la fois le cadre historique, culturel, environnemental et les personnages qui peuplent ce monde. À travers la série Asgard, l’auteur arrive à traiter de vastes thèmes comme celui de la lutte d’un homme contre les dieux, contre son destin, mais aussi de sa place dans la société et l’inefficacité de cette dernière à s’adapter aux changements.

Face au certain classicisme de son scénario, Meyer arrive à nous proposer une mise en scène qui lui est propre et qui ne cherche pas à imiter le style d’un autre auteur. Le découpage est excellent, et rend l’aventure vibrante, énergique, et donne du sens à l’histoire de chasse.

Le trait du dessinateur arrive à la fois à donner de la puissance aux personnages nordiques durs et massifs que sont les guerriers vikings, tout en donnant de la finesse et fragilité au personnage de l’innocente Sieglind. En ce qui concerne les paysages, Meyer arrive à jouer la carte du dépaysement en mon offrant des paysages de fjords magnifique, et se joue de cet effet carte postale, pour faire le contraste avec l’arrivée de la bête monstrueuse. Chaque planche est vraiment un bonheur pour les yeux tant le dessin est beau précis et plein de détails. Mention spéciale pour les visages des personnages, particulièrement expressifs. Meyer prouve une fois de plus que le dessin peut lui aussi véhiculer son lot d’idées tout comme les mots. Plus important encore, le trait de Meyer participe à la fluidité de l’histoire et sert aussi à masquer l’absence fréquente de texte. L’idée du mouvement est parfaitement retranscrite, et la colorisation oscillant entre les gris bleutés, gris verts et les rouges orangés retranscrivent bien l’aspect glacé et sombre que l’on peut se faire de cet univers nordique.

En résumé : Asgard est une œuvre qui regorge de technicité afin de livrer au lecteur un résultat accessible, prenant, montrant le niveau de savoir-faire des deux artistes qui savent très bien ce dont est capable l’autre. Bien qu’assez classique l’histoire de Pied de fer n’en reste pas moins efficace, intéressante et est l’un des bonnes surprises franco-belge de ce début d’année. À plusieurs reprises lors de la lecture, on sent qu’on tient entre les mains quelque chose qui se rapprocherait d’un immanquable, seulement voilà, une fois arrivée à la fin de ce premier tome le lecteur reste sur sa faim et se pose mille questions. En effet, que nous réserve le tome 2 ? Va-t-on vers un récit « classique » racontant une quête individuelle, spirituelle et collective, ou devenons nous attendre à un retournement de situation inédit, faisant entrer Asgard dans la sphère des bandes dessinées cultes ? Mystère, la réponse se trouvera certainement dans le tome 2 « Le serpent-monde », que nous avons hâte de découvrir.
Points forts:

Un univers nordique parfaitement restitué
Une narration fluide et dynamique
Une écriture efficace et percutante

Points faibles:

Un rythme un peu trop rapide
Un récit un peu classique

Par

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