Il nous fut donné rendez-vous au Gaumont Marignan sur les Champs-Élysées pour assister  à  la projection de quelques extraits de l’attendu Battleship. Le cinéaste était sur Paris, le travail de montage de son film qui se déroulait au même moment. Après une introduction d’une employée d’Universal concernant l’année du centenaire du Studio, Peter Berg (Hancock) arrive sur scène.

Présentation du projet:

Il s’excuse pour sa voix un peu enrouée. Il a veillé tard la nuit précédente, l’équipe de foot américain qu’il soutient a gagnée le droit de participer au Super Bowl. Pour le réalisateur de Friday Night Light et créateur de la série culte du même nom, le foot-ball américain est une histoire de passion. Il alors les conditions qui l’ont amené à accepter de réaliser l’adaptation du jeu de société La Bataille Navale.

Après avoir vu Avatar, il s’est dit qu’il était temps pour lui de s’essayer à ce genre de film et l’axe humaniste de James Cameron correspondait à sa vision de père de famille. Peter Berg ne voulait pas d’un film ou des hommes s’entretuent. Il n’aime pas voir ça au cinéma. Il voulait que ses enfants puissent aller voir Battleship. A l’instar de Cameron, son but était de faire un film au message universel.

Le jeu de stratégie d’Hasbro opposait deux flottes, de pays différents. A l’époque, on était en pleine guerre froide: Le bloc capitaliste contre le bloc communiste. L’aspect binaire du jeu avait du sens pour ses créateurs, aujourd’hui ce n’est plus le cas: il n’y a plus qu’une idéologie, et les guerres sont asymétriques. il aurait été donc difficile de reprendre le même concept, sans tomber dans un bête manichéisme un peu désuet.

C’est donc avec une certaine intelligence que Peter Berg a soutenu les scénaristes pour qu’ils fassent intervenir un troisième groupe de belligérants : Une force extraterrestre. Cette entité, Peter Berg ne voulait pas en faire un groupe d’envahisseurs. Les extraterrestres de Battleship viennent sur terre non pour envahir et massacrer mais pour étudier la terre et se sauver eux-même d’une mort certaine. Les humains s’unissent alors pour se protéger par réflexe et attaquent par peur. Pour Peter Berg, tout le monde a ses raisons et c’est un problème de compréhension entre ces trois parties qui vont les amener à combattre. Dans cet univers guerrier et de batailles, Peter Berg a voulu garder l’aspect familial propre au projet d’Hasbro c’est pourquoi il a voulu souligner l’humour qui ressort des dialogues. Pour les inquiets il assure que sa vision sarcastique du monde et son humour noir seront de la partie.

L’effet de l’énorme vaisseau qui s’échoue sur terre promet d’être spectaculaire. Plusieurs villes seront détruites par l’explosion du vaisseau, laissant penser aux humains qu’ils sont attaqués. La plus grosse partie du vaisseau se retrouve en mer, entre les USA et le Japon. Il partage alors l’espace en deux. La flotte américaine d’un côté, la flotte japonaise de l’autre. Les deux flottes se retrouvent ensuite coincées sous le champ de force extraterrestre que ces derniers activent comme bouclier. On retrouve, alors, l’espace du jeu de société.

Le cinéaste nous indique ensuite qu’il a été particulièrement enchanté de constater qu’Hasbro lui a donner le temps nécessaire pour construire un scénario solide mais surtout de lui donner le temps qu’il souhaitait pour travailler en amont du tournage avec ses comédiens.

Les acteurs, parlons en. Son désir de ne pas travailler avec des stars, peut se comprendre lorsqu’on sait les problèmes qu’il a rencontré avec Will Smith sur Hancock. Mais la présence de Liam Neeson rend ses propos un peu paradoxaux. A moins, bien sûr, de ne pas considérer Neeson comme une star. Le réalisateur préfère plaisanter sur le choix du casting, en insistant sur le physique agréable de ses acteurs. C’est, selon lui, sous l’influence de ses nombreuses collaboratrices qu’il a choisi Alexander Skarsgard, le beau vampire de True Blood, ainsi que Taylor Kitsch. On aurait pu penser que le rôle tenu par ce dernier dans la série créée par Peter Berg, Friday Night Lights aurait été une meilleure carte de visite pour jouer dans un film de Berg. Il n’en est rien. Peter Berg précise avec humour qu’il a été surtout influencée par ses collaboratrices qui trouvaient Kitsch fort séduisant. Pour Berg, Taylor Kitsch, est un peu un jeune Bruce Willis. On s’attend donc à un héros sensible, avec beaucoup de sens de l’humour, capable de jouer des muscles et de s’en prendre plein la tête. Dans sa partie nipponne, le casting est surtout soutenu par Tadanobu Asano. Le réalisateur américain le compare à Johnny Depp. Mais les cinéphiles le connaissent surtout pour son rôle de tueur a gage masochiste dans Ichi The Killer de Takashi Miike. Asano est un acteur célèbre qui a également joué pour Takeshi Kitano, Kiyoshi Kurosawa ainsi que Hou Hsiao-Hsien, Kenneth Branagh et Sergei Bodrov. Bref, une star, mais sans doute moins mégalo que Will Smith.

Battleship va aussi sans nul doute profiter de la jeune Rihanna, un choix que les hommes trouveront judicieux vu les clips de la demoiselle. C’est un véritable plaisir pour lui de tourner avec des chanteurs. Une nouvelle occasion d’évoquer Will Smith, mais décidément, Peter Berg est dans le déni. Il évoque plutôt ses acteurs préféré comme Franck Sinatra. Rihanna fut bien sur très professionnelle, sérieuse et a apporté une bonne touche de glamour au tournage et au film en lui même…

Face à ces jeunes acteurs, Peter Berg voulait un acteur de poids. Liam Neeson est une figure solide   qui contrecarre le caractère frondeur des jeunes gens. Après avoir joué dans Excalibur, La Liste de Schindler ou Qui-Gon Jinn le maitre Jedi d’Obiwan Kenobi dans Star Wars ainsi que le mentor de Bruce Wayne dans Batman Begins, l’acteur a une stature forte. On le verra prochainement à nouveau, après L’Agence Tous Risques dans le film de Joe Carnahan, Le Territoire des Loups. Bref, Liam Neeson en impose et ce choix est judicieux.

Projections des extraits de BattleShip:

Après cette longue présentation nous avons eu le loisir d’assister à la projection de quatre extraits non terminés. Pour s’assurer que la salle comprenne bien que le sarcasme et l’humour noir que l’on retrouve en général dans ses films (Very Bad Things) c’est avec une séquence assez emblématique de son style que la projection commence.

On trouve dans cette scène, qui se déroule 10 ans avant le début de l’invasion, Alexander Skarsgard (Stone Hopper) épaulant son petit frère, Taylor Kitsch (Alex), qui traverse une période difficile. Ils prennent quelques verres dans un bar et Taylor un peu éméché se met en tête de draguer une jolie blonde de passage. Celle-ci vient de se faire rembarrer par le barman qui ne veut plus servir de nachos. Taylor fait le paris avec la jeune fille qu’il peut lui en apporter un dans les cinq minutes. Une suite de déboires vont le conduire a voler une station service du coin, démolir les étagères du magasin, puis se retrouver poursuivit par la police. La police finira par l’appréhender à coup de taser alors que Taylor tend le nachos à la jolie blonde.

Le second extrait est une simple confrontation entre Taylor Kitsch et son supérieur, l’Amiral Shane (Liam Neeson). On sent qu’il s’agit d’une scène qui devrait être clé, montrant le rapport père/fils sous-jacents entre les deux personnages. On espère qu’il ne s’agit pas de la seule car, elle est vraiment anecdotique. Le père de Peter Berg était dans la marine et il est probable qu’il ai assez de souvenirs pour s’en inspirer et installer ce genre de rapport viril de façon plus habile…

Enfin nous passons à l’action avec l’arrivée du vaisseau extraterrestre. Comme annoncé, au lieu d’une attaque, les scientifiques humains comprennent assez vite qu’il s’agit surtout d’un naufrage. Les objets volants non identifiés sont en réalité un même vaisseaux qui se disloque. L’extrait présenté nous montre Tokyo en partie détruite par les morceaux du vaisseau extraterrestre. Mais les images nous rappellent surtout celle qui firent le tour du monde lors des attentats du 11 septembre 2001. Le gros du vaisseaux s’écrase dans le Pacifique, entre les USA et le Japon.

Un nouvel extrait nous montre le premier contact. On ne verra pas les extraterrestres à cette occasion, mais c’est dans cette séquence que l’on devine ce que sera l’intérêt du film et la réussite, au moins visuelle, de l’adaptation. Tout y est, le monolithe séparant les deux flottes, et l’espace de jeu y est bien délimité par un impressionnant champ de force. Les parties en présence se défendent plus qu’elles n’attaquent. Chacun teste sa puissance et c’est à l’aide des moyens de réalité augmentée qui équipent les arsenaux guerriers des différentes flottes qu’on retrouve les fameux ordres de batailles. On pouvait penser que sur le papier l’adaptation d’un tel jeu par Hollywood était un peu casse gueule, on voit ici que Peter Berg prend la chose au sérieux. On verra si cela tiens la longueur. On verra, également, s’il ajoute au film un intérêt stratégique avec une vision géopolitique du jeu (en passant a l’écran, cela aurait son utilité.). En attendant il semble que les séquences d’actions soient bien mené et intelligemment filmé. (on est pas chez Michael Bay). Un détail: Peter Berg a voulu attirer toute la famille, la crédibilité de l’action en patie. Le beau visage d’Alexander Skarsgard, par exemple,  résiste a n’importe éclats de verre. Merveilleux. Mais ne soyons pas tatillons.

La dernière séquence présentée est attendue: la révélation du look des extraterrestre. Contrairement aux dernières conceptions de extraterrestre a Hollywood, Peter Berg a voulu un look humanoïde pour ces extraterrestres. L’impression de voir des personnages de Star Strek s’incruster dans l’univers de Berg est là mais le réalisateur se veut scientifique. C’est après avoir vu un documentaire sur les vies possibles ailleurs dans l’univers qu’il a été convaincu de créer des extraterrestres ayant les mêmes genres de capacité que l’être humain. Imaginant une planète jumelle de la terre, avec ces différences, il a imaginé des extraterrestres proches physiologiquement des être humains mais qui s’en différencient sur certains points. Ils sont plus plus grands, ils ont certes une peau comme la notre, mais n’ont que trois grands doigts. L’extraterrestre montré dans l’extrait est également doté d’une barbe blonde très cyberpunk qu’il n’est pas sur d’être présente sur tous les individus de l’espace. La scène, proprement dite, montre bien que les extraterrestre ne sont pas sur terre pour massacrer les humains, mais veulent simplement et visiblement l’énergie nucléaire.

Après une heure de présentation de Battleship, nous sommes rassurés sur l’aspect technique du film, mais on attend de voir si les producteurs de Transformers n’auront pas eu raison de l’esprit sarcastique de Peter Berg.  Obliger d’utiliser des formules formatées pour la présentation de son film, Peter Berg s’est montré tout de même sympathique. Une bonne humeur qu’il gardait encore plus tard lorsque je l’ai rejoint à l’hôtel George V pour une interview croisée avec Romain de FilmGeek.

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