A l’automne 2008, Rémi Maynègre et Sandrine Garcia réalisent leur rêve de gosse : partir au Japon ! Quelques mois plus tard, les deux marseillais décident de créer une trilogie de livres intitulée Voyage au Japon qui retracera leur périple au Pays du Soleil Levant. C’est à Angoulême fin Janvier sur le stand CFSL que nous avons pu interviewer ses deux formidables et très sympathiques auteurs, à l’occasion de la sortie du premier tome, qui est consacré à la mégalopole Tokyo, fin Février.
4 années après votre expérience nippone, vous décidez de sortir non pas un guide touristique, non pas un documentaire, mais un livre sur votre folle expérience au Pays du Soleil Levant ! Pourquoi ?
En fait ce voyage a été la période la plus heureuse de notre vie et une fois revenu on voulait prolonger le voyage d’une façon ou d’une autre, car il y a un peu de nous qui est resté au Japon. C’était un moyen de se reconnecter à cela et à ce qu’on avait ressenti sur place. Nous avons ressenti un choc très fort, c’est tellement différent de chez nous et on avait tellement fantasmé sur le pays. Le voyage s’est avéré à la hauteur de nos espérances, voir même au-delà. On a eu certaines déceptions, enfin, tu sais tu pars avec plein de cliché en tête, tu as idéalisé une destination et puis quand tu arrives, tu te rends compte que c’est pas forcément ce à quoi tu t’attendais et tu te rends compte que ce qu’on t’a vendu, c’est pas forcément la réalité. C’est les images de cartes postales, tu sais les trucs bien cadrés où il n’y a aucun fils qui dépassent. Ce pays a vraiment beaucoup de bons côtés, il est vraiment extraordinaire, mais il y a aussi le côté moins léché, les ruelles avec des fils électriques et climatiseurs de partout, et en même temps ça donne un côté authentique, beaucoup plus que toutes les cartes postales qu’on nous vend depuis des années sur le Japon, et c’est ce Japon là qu’on a adoré.
Pourquoi avoir voulu partager ce périple au Japon sous un format livre ?
Alors en fait, l’idée est arrivée sur place, car quand on voit tant de beauté, on se dit c’est pas possible, il faut qu’on le montre. Rémi dessinait déjà, moi j’écrivais déjà un peu, et l’idée est venu une fois sur place, et là encore c’était une nouvelle fois du rêve. Parce qu’on avait pas d’éditeur, parce que dans l’absolu ça serait génial qu’on puisse en faire un livre. Pour nous faire ce livre, c’est partager cette expérience-là, permettre aux gens de découvrir un autre Japon, pas forcément un Japon plus vrai, mais le nôtre, comme nous l’avons perçu. Je pense qu’il y beaucoup de sensibilité au Japon, il y a beaucoup de choses qui nous ont touché, alors qu’elles ne toucheront pas forcément d’autres personnes. Ça permet aussi à des gens qui y sont déjà allés de reconnaitre des lieux, car dans le livre nous y avons mis des plans où on peut situer les illustrations, c’est aussi un jeu avec la réalité qui est assez sympathique, parce que même si le livre n’a pas vocation a être un livre, on met des adresses sympas, des adresses qui nous ont marquées. Mais en mettant toutefois des pincettes, attention ça a peut-être changé depuis 3 ans, donc renseignez-vous avant. C’est vraiment quelque chose de ludique, le côté découverte est sympa aussi.
Comment êtes-vous rentré en contact avec Café Salé ?
Alors Café Salé au départ c’est un forum dédié au graphisme et à la création. C’est un forum qui s’est créé au départ juste pour quelques personnes, pour échanger leurs opinions et créations personnelles, ils avaient besoin d’un espace de communication. Et puis ce forum a pris une ampleur phénoménale. Rémi il y a 8 ans s’est inscrit sur le forum et c’est comme ça qu’il a commencé petit à petit a être édité, certains de ses dessins ont été édités dans le second artbook (artbook publié chaque année avec des œuvres des participants au forum). Et puis nous sommes partis au Japon, Rémi a commencé à faire ses aquarelles, il n’arrêtait pas de dessiner, et nous nous sommes dit, il faut vraiment faire quelque chose avec ça, c’est vraiment magnifique. Nous avons eu deux déconvenues avec deux gros éditeurs et Karine (Le Logeais, l’une des deux fondatrices de CFSL) a tout de suite été intéressée. Ça c’est fait comme ça en fait !
Ils ont tout de suite été séduit par l’idée ?
Par l’idée, par l’univers de Rémi, par sa technique, car c’est un des rares à faire du traditionnel, ça se perd, il a de plus en plus de jeunes qui apprennent à dessiner avec une palette graphique et qui se frottent pas assez aux techniques traditionnelles. Ça les à séduit de partir dans cette aventure avec nous car c’est notre premier livre.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant ce voyage ?
La gentillesse des japonais. C’est un peuple très civilisé et à la fois très humble, qui a une sensibilité extraordinaire. On se perdait tout le temps et ils étaient toujours là pour nous aider, et pas forcément pour nous montrer une direction, ils nous amenaient directement au lieu où on devait aller, c’était vraiment un dévouement qui nous a beaucoup touché. Enfin eux, ils prennent ça comme une mission, ils pensent que c’est un honneur de venir dans leur pays, donc pour eux c’est un devoir de nous aider et c’est vrai qu’on s’est senti vraiment entouré. Si la personne en question ne savait pas, elle n’hésitait pas arrêter d’autres personnes pour savoir où nous devions aller et on se retrouvait vite autour d’un petit comité. ils nous laissaient s’ils étaient vraiment sûr qu’on ait compris notre direction et des fois ils nous emmenaient. La gentillesse de ce peuple là c’est vraiment quelque chose de très très fort. On avait l’impression d’être des sauvages las-bas. C’est une gentillesse à laquelle on a pas l’habitude ici, parce que les gens se méfient des uns et des autres, ils sont pressés, ils ne font pas attention à ce qu’il y a autour d’eux et du coup je fais plus attention quand je vois des gens perdus. Parce que je sais à quel point ça peut être décourageant qu’on ne connait pas une ville et puis j’imagine les japonais ici, ils doivent être perdus, affolés. Je pense que le Japon est un pays magnifique mais qui est encore plus humanifié par le coeur de ses habitants. C’est à vivre, c’est vraiment un peuple extraordinaire.
On les dit très conservateur et n’aimant pas trop les étrangers ! Est-ce vrai ?
Alors oui c’est vrai. Mais pas tout le monde. Nous avons passé trois semaines las-bas. Nous avons croisé deux fois des personnes qui avaient des aprioris sur nous, mais la plupart du temps quand ils apprennent que tu es français et pas américain, de suite leur attitude change, parce qu’ils ont quand même un fort apriori envers les américains, ils ont quand même subit une occupation et il y a encore des bases américaines qui sont très controversées las-bas. Mais au final, quand ils ont la confirmation qu’on est bien français, leur visage s’éclaire et de suite ils essaient d’en apprendre un peu plus sur nous. Ce qui est rigolo, ils essaient de nous dire les deux ou trois mots de français qu’ils connaissent, et c’est extraordinaire : cAlain Delon, Bonjour, Je vous aime, Paris…c’est aussi les gros clichés de la France mais ils adorent les français. C’est un point en plus pour nous.
Au niveau de la barrière de la langue, comment ça s’est passé ?
En fait les japonais viennent pas facilement parler aux étrangers, les seuls japonais qui sont venus nous voir c’était soit des adolescentes complétements azimutées, qui n’avaient peur de rien, soit des salary-man bourrés et les personnages âgées. Ces personnes âgées d’ailleurs nous parlent très tranquillement. Nous sommes même tombé sur une mamie qui nous expliquait le nom des criquets que nous entendions, en japonais, et c’était un moment très particulier, et au final on a même réussi à communiquer. Allez au Japon, c’est peut-être pas la peine de prendre des cours intensifs avant de partir, il faut apprendre trois ou quatre phrases clés et ils sont ravis dès qu’on dit un mot en japonais parce qu’ils savent que c’est difficile, donc dès qu’on dit un ou deux mots, ça les fait rougir de plaisir et la communication passe. Des bases de respect et de politesse, ça leur fait plaisir. Mais on s’est pas senti lésé, car c’est un peuple vraiment curieux.
Est-ce que les jeunes japonais s’intéressent aux métiers traditionnels japonais ?
J’en ai discuté avec une artisane sur place qui m’expliquait qu’aujourd’hui tout doit aller très vite et qu’il y a beaucoup de forme d’artisanat japonais qui était en train de se perdre. Aujourd’hui peu de jeunes sont prêts à partir dans des périodes d’apprentissage très longues et à vouer leur vie qu’à un seul artisanat, certains prennent le flambeau, mais assez peu. C’est un peu comme ici, il y a beaucoup de choses qui se perdent, je pense par exemple ici aux dentelles. Le monde d’aujourd’hui va tellement vite surtout las-bas.
Est-ce que vous avez subit un choc entre la grande mégalopole qu’est Tokyo et le vrai Japon, celui que nous découvrirons dans le tome 2 ?
Et bien en fait c’est pas plus un vrai Japon que celui de Tokyo, c’est un autre Japon. Le Japon est un pays à multiples facettes, la Japon moderne avec ces grattes-ciels est pas forcément moins vrai que celui verdoyant du cimetière du mont Kōya (le second tome se consacrera sur le Koya-san), c’est simplement un autre Japon. C’est un pays de contrastes et de contradictions qui est capable de dire une chose et son inverse dans la même phrase et eux ça ne les choque pas, et ils sont capables de la plus grande beauté et de la plus grande laideur juste à côté. Nous ça va nous choquer mais eux non, et au final ça fait un ensemble qui ma foi est assez charmant, c’est leur vérité à eux. Certaines choses par exemple nous ont choqué au Koya-san comme par exemple la préservation du patrimoine. Le second tome aura une ambiance très différente parce que nous sommes allé dans une ville de temples bouddhistes avec une immersion totale dans la manière de vivre des moines, on a vécu, on a dormis à leur rythme. On a dormis dans un temple en bois, une splendeur, on a mangé ce qu’il préparait pour nous, on s’est levé le matin pour les offices et on s’est perdu dans des complexes de temple dans le plus grand cimetière bouddhiste japonais, qui a lui seul vaut le détour au Koya-san, c’est un endroit emprunt de spiritualité. Je ne suis pas croyante mais c’est un lui qui est chargé d’une énergie énorme. Si quelqu’un me demandait quel lieu est indispensable à voir au Japon, je citerais sans hésiter le Koya-san, peut-être pas trois jours, mais au moins partager une nuit et visiter ce cimetière là, c’est unique.
Quel côté avez-vous préféré ? Le côté ancestral ou la grosse mégalopole ?
C’est difficile à dire parce que les deux ont leur beauté. Pour ma part qui est citadine, ça serait plutôt les grattes-ciels, par exemple à Tokyo mes deux quartiers préférés sont très différents. il y a Yanaka, le quartier traditionnel avec ses petites plantes dehors, c’est magnifique en fait, c’est très verdoyant, avec encore des maisons en bois, on y retrouve un Japon encore très traditionnel et à côté de cela nous sommes allé à Shinjuku qui est un quartier chaotique, avec des néons de partout, ça clignotait de tous les côtés, c’est un côté hypnotique, tu perds tous tes repères. C’est vraiment le contraste des deux qui nous a plu. Le mélange de l’ancien et de la grosse mégalopole.
À la fin du tome nous pouvons voir un aperçu du tome 2, avec le cimetière du Koya-san et on y remarque même l’inspiration de Miyazaki, que peux-tu nous dire à ce sujet ? Vous avez même pu voir l’Expo Ghibli !
Il y a d’ailleurs une anecdote à ce sujet, nous avons appris l’existence de l’exposition la veille de clôture de l’expo. On voit un flyer en japonais et on se le fait traduire par notre hôte et il nous dit que demain, c’est le dernier jour de l’expo Ghibli, donc on s’est débrouillé tant bien que mal à acheter un ticket. On y va et là on s’est pris une claque énorme. C’était splendide, magnifique, on est fan du studio Ghibli. Ce qui nous a choqué quand on est arrivé au Japon, on avait l’impression de vivre dans un film de Miyazaki. C’était magique, féérique. Miyazaki en fait a pris l’inspiration de son quotidien et nous avons pris la même source d’inspiration que lui, parce que son inspiration c’était le Japon. Ce qui nous parait exotique fait parti du quotidien de Miyazaki. On a ressenti toute la poésie des films de Miyazaki dans notre voyage au Japon. On aurait un Totoro qui marcherait dans les rues de Tokyo, ça ne nous étonnerait même pas. Tout est possible las-bas.
Est-ce vous vous verriez vivre au Japon ?
Dans une grande ville comme Tokyo je ne pense pas, c’est une ville avec un rythme effréné, peut-être dans une plus petite ville, comme Kyoto, qui a un aspect beaucoup plus calme en fait, la vie a l’air de s’écouler plus lentement. Maintenant y vivre, ça impliquerait d’apprendre le japonais, car las-bas travailler sans apprendre le japonais c’est quelque chose de difficile, donc il faudrait que j’apprenne le japonais soit il faudrait que je sois femme au foyer. C’est assez difficile d’aller vivre au Japon. Et puis les gens étaient gentils avec nous car nous étions des touristes, ils savaient qu’après nous allions repartir en France. La chanson n’est pas la même quand tu viens t’installer, car il faut se plier plus aux règles et l’attitude des japonais peut être assez difficile à comprendre. Ils ont côté un peu chauvin mais aussi un côté où ils se sentent un peu supérieur, il y a un brin de condescendance dans leur attitude, mais en tant que touriste nous ne l’avons pas éprouvé. S’installer las-bas c’est une autre paire de manches que faire un voyage de noces.
D’où vous vient cette passion pour le Japon ?
Rémi est tombé dedans quand il était petit grâce au Judo et son maître était aussi un passionné du Japon, donc c’est quelque chose qui s’est transmis d’abord par les arts martiaux et moi de mon côté j’avais déjà commencé à m’intéresser à l’aspect traditionnel, à leur spiritualité, et je suis tombé dans l’univers des dessins animés Ghibli. Le premier film Ghibli que j’ai vu c’était Princesse Mononoké, je l’ai vu en japonais, j’ai rien compris mais j’ai trouvé ça fabuleux. Donc quand on s’est rencontré cela a été un point en commun entre nous et puis à l’époque j’étais quand même moins passionné que lui (Rémi). On a continué tous les deux à regarder des tas de films, à écouter de la musique japonaise et puis il m’en a tellement parlé du Japon, que quand nous nous sommes marié, c’était une évidence d’y aller.
Un dernier mot, un conseil ?
Le seul conseil que je pourrais donner si vous vous rendez au Japon. Gardez l’esprit ouvert et restez curieux.
Un grand merci à Sandrine et Rémi.
Voyage au Japon – Tome 1 Format 31×25 cm – 160 pages – Langues : Français / Japanese – ISBN 978-2-35947-017-8
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