Invités au Comic-Con parisien le mois dernier, Kevin Eastman et Rick Magallanes, respectivement co-créateur des Tortues Ninja et vice-président de Nickelodeon, sont venus présenter durant une table ronde la nouvelle série d’animation tirée des tortues les plus célèbres de la planète. Rencontre.

Pourquoi avoir engagé Rob Paulson pour doubler Donatello, alors qu’il doublait Raphael dans la série originelle ?

Rick Magallanes : Nous avons essayer d’attribuer des rôles différents pour tout le monde. Il avait auditionné pour doubler chaque personnage, c’est un pro, il était excellent pour chaque. Pour doubler Raphael, il nous fallait quelqu’un de particulier à l’époque. Ici, c’est Sean Astin qui avait auditionné pour Raphael et il nous a semblé parfait donc nous avons modifié ça. Le reste du casting est tout aussi bon : Jason Biggs double Leonardo, Greg Cipes est Michelangelo…

Kevin Eastman : Ce que je trouve de très spécial sur ce casting vocal, c’est que toutes ces voix vont vraiment bien ensemble. On oublie très vite qu’il s’agit de Sean Asting qui double Raphael, tout comme Leonardo avec Jason Biggs !

Pourquoi faire revenir les Tortues Ninja maintenant ?

R.K. : Aujourd’hui, on peut voir un grand engouement vis à vis des super-héros et ce depuis 5-7 ans, et ce retour paraît juste, à sa place. On a quatre adolescents qui deviennent super-héros, ils sont frères, la série est un mélange de comédie et d’action… c’est un bon timing pour présenter tout ça.

K.E : Ce retour est venu assez naturellement pour moi. Je n’avais pas dessiné de comics des Tortues Ninja depuis 1996 et depuis j’ai travaillé sur un reboot des comics en s’inspirant des opus en noir et blanc, qui s’adressaient à un public pour âgé. Depuis, Rick et son équipe ont commencé à développer une série pour la jeunesse et à ce moment là commençait aussi la production du film live des Tortues Ninja. Je n’avais pas d’idée précise de la manière dont allaient s’aménager les choses mais nous voici maintenant !

Au début des comics, les tortues portaient toutes les quatre des bandeaux rouges. Vous êtes revenu ici à des bandeaux colorés. Pourquoi ?

K.E. : Ce qui est très excitant lorsque l’on développe un comic, c’est le fait que les tortues ont déjà évolué dans plusieurs univers différents, mais la base reste toujours les quatre personnages, Shredder et les autres ennemis. La BD en noir & blanc était énormément différente que le dessin animé qui lui était conçu pour les enfants et le film se plaçait entre le comic et la série TV. Pour cette nouvelle version, nous avons eu à regarder les 25 ans d’histoires déjà imaginées auparavant afin de choisir ce que l’on a préféré de chaque média. J’ai travaillé sur les comics mais aussi sur ces autres produits et l’on identifie les tortues grâce à leurs bandeaux de l’ancien dessin animé. Ici, nous avons tenté de connecter l’ancienne série, les comics et le film à cette nouvelle version. Ici, c’est April et non Shredder qui nomme les tortues par exemple, pour se reconnecter à l’ancienne histoire des tortues, et c’est très intéressant de travailler à ce niveau. Nous avons essayer de respecter au maximum la mythologie.

Il y a eu l’annonce d’une adaptation en comics de cette future série…

K.E. : Nous essayons de faire de même au niveau des bases de l’histoire. Nous tentons de créer un consensus entre les comics plus adultes et ceux pour les jeunes. La nouvelle série rejoindra cette version.

Quelle sont les grandes différences entre l’ancienne série animée et celle-ci ?

R.K. : En réinitialisant la série, il faut incorporer ce qui a déjà été fait tout créant quelque chose de nouveau. Par exemple, nous insérons des monstres de l’ancien show avec de nouveaux ennemis. L’apparence des personnages est modifiée, en personnalisant et accentuant leurs différentes personnalités… On emprunte du passé pour créer au final quelque chose de différent.

K.E. : J’aime cette idée d’un « pareil différent » mais le mieux avec cette nouvelle version reste la technologie, où l’animation par ordinateur permet de créer une série avec la qualité visuelle d’un film d’animation. On peut voir par exemples dans des extraits un décor très vaste, les mouvements de caméra sont plus variés et permettent de dynamiser les phases de combat.

R.K. : Les textures et les couleurs seront incroyables et permettent vraiment de montrer quelque chose qui était impossible à produire auparavant.

Aviez-vous imaginé que les Tortues Ninja deviendraient un tel succès lors de leur création ?

K.E. : Nous avons tout fait pour bien entendu ! (rires) J’ai grandi en lisant des comics et c’est ce que j’ai toujours rêvé de faire. Derrière nous se trouvent des géants tel que Jack Kirby, dont nous lisions les œuvres, et lorsque nous avions eu l’occasion [avec Peter Laird, co-créateur des Tortues Ninja avec Eastman] de créer notre propre comics, nous voulions mettre tout ce que l’on y aime dans un seul livre que nous ne vendrions jamais pour sur. Après avoir emprunté de l’argent à nos familles afin d’imprimer 3000 copies et après les avoir vendues nous étions ravi, surtout qu’après cela on nous a réclamé d’en faire un second ! Ça n’était absolument pas prévu mais une fois ce dernier sorti, il s’est vendu à plus de 100000 numéros et nous étions lancés. Le rêve devenait réalité. Il a été après questions de jouets, de dessins animés… c’était invraisemblable. Et nous voilà aujourd’hui presque 30 ans après pour encore parler de ces tortues !

Vous avez déclaré que cette version des Tortues Ninja est votre préférée. Pourquoi ?

K.E. : Ce que j’y aime, c’est que nous avons l’avantage de voir avec du recul ce qui a déjà été fait. Il y a des choses que j’ai aimé particulièrement, comme la série en noir & blanc qui a bientôt 30 ans, mais aussi d’autres que je n’ai pas aimé. Peter [Laird] et moi avons travaillé sur tous les 300 épisodes de l’ancien show et je me souviens de plusieurs problèmes. Nous voulions surtout choisir ce que l’on a préféré dans tout cet ensemble et le combinant avec le meilleur rendu d’image possible.

R.K. : Cette version est ma favorite car c’est celle sur laquelle je travaille ! (rires) Sérieusement, Kevin a raison. Lorsque je travaille avec une série, je suis toujours très attaché aux personnages et aux scénarios. Ici, on prend de grand personnages avec une histoire qui possède une mythologie très profonde, vaste et malléable. On prend ci et ça pour faire quelque chose de novateur. Nous avons écrit la saison 1 et cela semblait juste être un échauffement qui servira à installer les bases et les personnages. Tout viendra par la suite et de voir tout ce qui peut être fait par la suite est alléchant.

K.E. : Certaines personnes qui travaillent avec nous sur ce show ont grandi en lisant les comics et la première série : les murs de nos bureaux sont plein de couvertures des comics et on retrouve la volonté de respecter au maximum le matériau original.

R.K. : On ne voulait pas perdre l’intégrité du show, qui possède une qualité et une renommée pure qu’il ne faut pas salir, il faut être à la hauteur et c’est épuisant !

À quel point êtes-vous impliqués dans le processus de création ici et dans le futur long-métrage produit par Michael Bay ?

K.E. : Peter et moi avons travaillé sur ces tortues pendant 21 ans, nous avons crée un vrai corps de travail. Nous avons une certaine présence sur ce qu’il se fait ici et même si je n’ai pas la plus grande autorité, j’ai une présence solide et sur de nombreux points mais sans le stress !Alors que je développe aussi un prochain roman graphique, je m’occupe aussi du film où j’agis directement sur l’histoire et le design des personnages. C’est drôle d’être de retour dans ce grand « bac à sable » que j’avais crée puis quelque peu perdu de vue. Cela m’a rappelé à quel point j’étais attaché à mes personnages et au dessin. Tout ça m’avait manqué.

Comment ce retour a été possible ?

K.E. : Je n’ai jamais été très loin de l’univers, grâce aux fans où à des gribouillages… Mais il y a un an, un ami de longue date a eu l’autorisation de créer un nouveau comics et m’a demandé de faire les couvertures. Nous avons parlé de l’histoire, du développement… puis j’ai été invité à devenir co-scénariste et graphiste. Par la suite, Nickelodeon a appelé pour développer une nouvelle série puis Michael Bay produit aussi quelque chose de son côté… J’ai été invité à collaborer, ça n’était bien sur pas prévu, mais m’y voilà maintenant. C’est génial d’arriver aussi vite à un grand nombre de projets.

On a parlé du fait que le film produit par Michael Bay introduirait les tortues comme des entités alien… Qu’en pensez-vous ?

K.E. : Sans vouloir vous spoiler, le prochain film de Michael Bay développera de nombreuses idées pour déboucher sur un film à la Batman Begins, plus mature, dur. On se tournera plus ce qui se fait sur le comics. Paramount a engagé deux super auteurs, Josh Appelbaum et André Nemec, scénaristes de Mission Impossible Protocole Fantôme. La déclaration qui a fuité a été malmenée. Ce que je peux vous dire, c’est que nous allons jouer avec l’origine de la mutation des tortues pour créer le meilleur film des Tortues Ninja possible, qui sera très fidèle à son univers originel. Le film a été décalé de Décembre 2013 à Mai 2014, afin de coïncider avec le 30ème anniversaire des Tortues Ninja, ce qui nous permet aussi d’avoir plus de temps.

La chanson du générique de la première série est devenue culte. Sera t-elle de retour ?

R.K. : Bien sur ! Nous ne pouvions pas faire la série sans. Pour ne pas gâcher la surprise, nous allons le refaire complètement, une nouvelle version.

K.E. : J’ai écouté la version la plus récente de la chanson, c’est fantastique !

R.K. : Je l’ai même sur mon téléphone mais je n’ai pas le droit de vous le faire écouter ! Nous travaillons encore dessus, j’en suis très fier, même si ça n’est pas encore fini, il y a encore des choses à changer.

K.E. : À ce propos, vous connaissez Chuck Lorre, le créateur de Mon Oncle Charlie et The Big Bang Theory ? C’est lui qui l’a écrit !

Un gros lancement est attendu. Des jeux vidéos sont-ils prévus ?

R.K. : Oui ! Plusieurs jeux seront disponibles. Activision s’occupera des adaptations sur console et un jeu est déjà disponible sur le site de Nickelodeon. Beaucoup d’attention est portée sur les produits dérivés, le soutien des partenaires et des studios est sans précédent, je n’ai jamais vu ça dans mes 14 années chez Nickelodeon !

Merci à Johan Godefroy (GameOne) pour nous avoir permis de participer à cette interview.

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