Synopsis : Modeste ouvrier, Douglas Quaid rêve de s’évader de sa vie frustrante. L’implantation de souvenirs que propose la société Rekall lui paraît l’échappatoire idéale. S’offrir des souvenirs d’agent secret serait parfait… Mais lorsque la procédure d’implantation tourne mal, Quaid se retrouve traqué par la police. Il ne peut plus faire confiance à personne, sauf peut-être à une inconnue qui travaille pour une mystérieuse résistance clandestine. Très vite, la frontière entre l’imagination et la réalité se brouille. Qui est réellement Quaid, et quel est son destin ?

Toujours dans son manque d’inventivité, mêlé de couardise et de fainéantise,  Hollywood nous propose aujourd’hui une seconde adaptation de la nouvelle de Philip K. Dick « Souvenirs à vendre« . Cette dernière avait déjà été transposée avec succès et fracas par Paul Verhoeven, avec Arnold Schwarzenegger en tête d’affiche. Mais si Sony prétend avoir voulu faire une adaptation plus fidèle encore, pourquoi ont-ils utilisés dans ce cas le nom des personnages du film de 1990 et pas celui de l’ouvrage original ?

Il ne faut pas chercher longtemps pour se rendre compte que ce Total Recall est effectivement un remake du film sorti vingt-deux ans auparavant. Le problème, c’est que les deux artistes en charge du premier film étaient au sommet de leurs carrières. L’ultra violence (au risque d’une interdiction aux mineurs), les bons mots et les gueules patibulaires donnaient un cocktail détonnant de pur entertainment assumé qui se savoure encore aujourd’hui (et pas seulement qu’en plaisir coupable).

Du haut de ses trente-neuf ans, le réalisateur Len Wiseman à qui l’on doit la saga Underworld et le quatrième Die Hard s’est lancé dans cette entreprise folle qui est de faire un remake d’un blockbuster devenu culte. Comptant Colin Farrell, Bryan Cranston et Bill Nighy le casting masculin tient la route. Malheureusement pour ces dames, la transparente Jessica Biel et l’actrice Kate « femme du réalisateur Len Wiseman » Beckinsale ne sont pas à la hauteur. Perlant de sueur dans son juste-au-corps rose et noir futuro-kitschos, Sharon Stone était mille fois plus sexe dans une seule scène que Kate Beckinsale ne le sera jamais sur la totalité du remake. Plus encore, ce Total Recall souffre tout autant d’un problème de direction d’acteurs indéniable.

Pour l’histoire, on abandonne le sol martien actuellement occupé par le robot Curiosity pour une planète Terre à l’agonie. Dans une introduction à la Resident Evil (façon Paul WS Anderson, pas comme la bonne série de jeux-vidéo), on nous explique que le globe a été ravagé par une guerre chimique et que l’Australie, considérée comme une colonie (colonisée par qui pour quoi, on ne sait pas) surpeuplée de pauvres, et le Nord-Ouest de l’Europe, réduit à un Royaume-Uni habité par les riches, sont les seules zones habitables (on ne sait pas trop non plus ce qui sépare les zones habitables des zones contaminées). Quand il n’est pas prévisible rempli de conventions, le scénario fait l’impasse sur ce qui faisait la force de l’original : à savoir le doute que tout ceci n’est qu’un rêve. Même la scène où l’on essaye de faire croire à Quaid qu’il a imaginé toutes ses péripéties est ratée. Elle n’est pas assez insolite pour mettre également en doute un spectateur qui restera finalement devant ce spectacle aussi actif qu’un légume.

Petit instant patrio-cocorico : le seul point fort de ce Total Recall est le production design orchestré par le frenchie Patrick Tatopoulos, qui avait déjà œuvré sur Stargate et Independance Day (là où il a connu Wiseman qui était encore assistant accessoiriste). Sans doute sur demande, l’aspect de la colonie s’inspire ouvertement du Los Angeles de Blade Runner, mêlant le fantasme d’une mégalopole à l’occidentale avec un niveau piéton plutôt rattaché à la culture asiatique. Les plans larges sont de très bonne facture et auraient été intéressants d’explorer en 3-D. Néanmoins, on ne pourra pas blâmer Len Wiseman d’avoir succombé aux sirènes de la conversion stéréoscopique à tout va. Pourtant le projet s’y prêtait assez bien.

Bien qu’il ait gardé la même seconde équipe que pour Die Hard 4, où le découpage était particulièrement lisible et dynamique dans les scènes d’action, le choix des cadres, des angles et des raccords dans celles de Total Recall est juste incompréhensible. Pour preuve, la poursuite en voitures aimantées, où l’on ne sait même plus qui roule à gauche ou à droite. La photographie reprend vainement les flares (*effets de lumière parasite) de J.J. Abrams sans chercher à les intégrer dans un travail de mise en scène cohérent et la musique de Harry Gregson-Williams, qui n’est pas un mauvais compositeur (Metal Gear Solid 2, Kingdom of Heaven) ne ressemble pas à grand chose. Un peu comme le morceau de dubstep casé pour faire genre dans une scène se déroulant dans les bas-fonds de la colonie.

Plus que de la comparaison avec l’original, Total Recall version 2012 aura souffert de la présence du rouleau compresseur de Christopher Nolan sorti deux semaines plus tôt dans les salles. La faute à Sony de l’avoir envoyé au casse-pipe. Cependant, le succès de The Dark Knight Rises montre que l’on peut faire de bons blockbusters. Or, malgré les clins d’œil, Len Wiseman nous aura plutôt servi un remake sans âme du film de 1990 qu’une vraie réadaptation moderne et pêchue de la nouvelle de Philip K. Dick.

Par

Tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,