[Critique] Torpédo de Matthieu Donck (2012)

[Critique] Torpédo de Matthieu Donck (2012)

Synopsis : Michel Ressac, 35 ans et sans situation précise, passe son temps à ne rien réussir… Sa vie va pourtant changer du tout au tout quand un matin un appel téléphonique va lui annoncer qu’il vient de gagner le repas de sa vie avec son idole Eddy Merckx. C’est pour lui l’occasion inespérée de se « rabibocher » avec son père avec qui, à son grand regret, il ne partage plus grand chose mis à part la passion du vélo

De cette même histoire, Ken Loach nous aurait, une nouvelle fois, donné envie de nous suicider. Mathieu Donck nous propose, lui, de rire de la vie. Cette vie là est loin d’être drôle: Michel Ressac est un peu vu par ses proches comme le prototype du raté. A 35 ans, il vit dans un appartement provisoire, accumule les boulots sans lendemain, sa copine l’a quitté et bien sûr, il n’a pas d’enfant. A 35 ans, si t’as pas d’enfant, t’as raté ta vie. Lorsqu’un certain Pascal Dumont l’appelle, lui annonçant qu’il vient de gagner un dîner avec le célébrissime cycliste Eddy Merckx; Michel pense qu’il s’agit du tournant de sa vie et annonce à son père paraplégique qu’ils vont diner avec le cycliste. Ce n’est pas le coup du sort, c’est pire: une astuce commerciale pour qu’il vienne avec sa famille acheter un canapé. Pour éviter d’être pris une nouvelle fois pour le perdant de chez Ressac, Michel s’invente une famille. Et quelle famille! Son petit voisin: Un très jeune escroc à la petite semaine et surtout, son ex Christine, l’éternelle maîtresse d’hommes à la ramasse. Matthieu Donck n’est pas un créateur de forme. Sur cette histoire pathétique, il préfère se mettre en retrait pour offrir à ses acteurs, les conditions favorables à l’éclosion de leurs talents.

C’est ici une belle réussite: chaque comédien arrive à donner la beauté nécessaire à leurs personnages perdus. François Damiens y trouve son meilleur rôle à ce jour. Les autres ne sont pas en reste, à commencer par Christian Charmetan, en patron de supérette du cuir, embarqué dans l’aventure malgré lui. Sans trop en faire, Donck, réussi une bien belle métaphore sur le métier de cinéaste et son rapport avec la grande famille du cinéma.  Une famille recomposée et farfelue qui embarque avec elle le spectateur de grès ou de force, mais toujours pour lui montrer le beauté de l’âme humaine. En creux, Torpédo, c’est aussi un regard tendre sur un pays, la Belgique. Un pays qui compose comme la « famille Ressac » avec des éléments disparates, qu’il soit wallon, flamand, ou germanique. Un pays recomposé qui n’a pas d’autre choix que d’aller de l’avant, sans s’arrêter sur des faux conflits xénophobes. A l’heure ou sort Bullhead, regard brutal et flamand sur la Belgique, le Torpédo wallon nous permet de respirer.

Gaël

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