Synopsis : Chaque année, dans les ruines de ce qui était autrefois l’Amérique du Nord, le Capitole, l’impitoyable capitale de la nation de Panem, oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille – les « Tributs » – concourir aux Hunger Games. A la fois sanction contre la population pour s’être rebellée et stratégie d’intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les tributs doivent s’affronter jusqu’à la mort. L’unique survivant est déclaré vainqueur. La jeune Katniss, 16 ans, se porte volontaire pour prendre la place de sa jeune sœur dans la compétition. Elle se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy, qui gagna les Hunger Games il y a des années mais n’est plus désormais qu’une épave alcoolique. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l’arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l’amour…
A l’heure où je rédige cet article, les officiels de LionsGate ont décidés de se séparer du réalisateur du premier opus de la saga The Hunger Games. C’est la meilleure tactique pour redonner un peu de vitalité à l’adaptation de la série littéraire de Susan Collins. Le succès de ces romans de gare pour adolescents est assez surprenant vu de l’Hexagone. Car avant la promo du film, il était difficile de trouver l’œuvre de Collins en tête de librairie. A quelques semaines de la sortie du film, la désagréable impression de n’être qu’un personnage de l’Antre de la folie de John Carpenter avait quand même le mérite d’intriguer. Qui est ce Sutter Kane au féminin, qui du jour au lendemain est l’auteur d’un best-seller nommé The Hunger Games. On se penchera sur elle une autre fois, car le film est un objet en soit qui nous occupe bien assez.
Gary Ross, c’est l’auteur un peu rose bonbon de Pleasantville, il est donc très étonnant de le retrouver au manette d’un Battle Royale à l’occidental. Et effectivement de l’univers a priori violent du système oligarchique qui base son pouvoir sur une télé-réalité de combat, il ne sait qu’en faire. Pour montrer qu’il s’agit d’un film d’action et qu’on est pas là pour rigoler, le réalisateur se croit obligé d’adopter les tics du film d’action post-moderne du «je bouge la caméra pour faire effet de réel». Malheureusement, n’est pas Paul Greengrass qui veut et Gary Ross n’est même à la hauteur d’un Tony Scott. Du rose bonbon, le producteur de Big, est un spécialiste. Et c’est avec les couleurs de l’arc en ciel qu’il va dépeindre une oligarchie d’hurluberlus mal fagotés dont les costumes sont plus datés encore que ceux que l’on peut voir dans Brazil. C’est laid et donne l’impression que les dollars ont surtout atterris dans les poches du réalisateur, de Jennifer Lawrence et de Lenny Kravitz.
Les acteurs, parlons en car c’est un peu le seul intérêt du film. Lawrence ajoute un nouveau blockbuster à son arc après sa prestation remarqué dans X Men : Le Commencement. Dans The Hunger Games, son charisme évident lui donnerait-il la possibilité de faire, déjà, des clins d’œil a sa jeune filmographie ? Toujours est il que la voir chasser des écureuils, est assez réjouissant. Après Winter’s Bone ça devient une habitude. Quant à Lenny Kravitz, on peut lui décerner l’oscar du meilleur second rôle. Méconnaissable, il campe son personnage. Bien sur, l’attraction de The Hunger Games c’est Woody Harelson. Habitué des second rôles iconoclastes, il donne encore une fois l’occasion au spectateur de rire de bon cœur et de relativiser face spectacle en cours. Hunger Games, c’est un bon petit moment de détente, pas bien méchant.
On voudrait croire Woody mais tout de même le fond de l’affaire se veut sérieux et c’est vraiment là le problème du film. Demander à un bisounours de retranscrire à l’écran la lutte des classes c’est problématique. Comme tout bon film hollywoodien qui se veut politique, les méchants c’est l’oligarchie, les gentils ce sont les pauvres, les travailleurs, les prolétaires. Le problème c’est qu’il s’agit ici d’un produit fabriqué par l’oligarchie. Fils du co-scénariste de Brubaker, Gary Ross est l’exécutant de Lion Gates connu pour encadrer les gros films «subversifs» indépendants. Il est clair que, ni la costumière, ni le décorateur et encore moins Gary Ross et ses producteurs n’ont du croiser des ouvriers durant leurs vies. Lorsqu’on entend Donald Sutherland dire a son second que pour contrôler les masses ils faut leur donner l’illusion qu’ils peuvent renverser le système, on a du mal à ne pas voir une mise en abîme du film.
A force de premier degrés, le film en devient ridicule. Il aurait été, pourtant, plus intéressant d’orienter l’histoire de The Hunger Games vers la franche comédie (l’intelligent Harrelson l’a bien compris). L’oligarchie du film y est déjà pathétique et le monde ouvrier en carton pâte. Le comédie s’imposait. Ne sachant pas s’intéresser aux monstrueux oligarques, ni aux basses classes, Gary Ross ne montre finalement aucun intérêt pour ses personnages. L’histoire étant d’une banalité affligeante, il se tire une balle dans le pied en donnant aucune consistance à l’univers qu’il filme. On peut, tout de même, tirer notre chapeau aux producteurs qui ont réussis le casse cinématographique de l’année. En injectant seulement 50 millions de dollars dans ce projet, ils ont réussis à faire de The Hunger Games un blockbuster plus que rentable. Monté deux ans après la révélation de la crise financière, il n’était pas bête de construire un film sur la révolte des peuples contre l’oligarchie. Un cynisme, donc, récompensé.
Gaël
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