Synopsis : Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S’accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l’arsenal de lois répressif initié par Dent. Mais c’est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l’arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l’exil qu’il s’est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n’est peut-être plus de taille à affronter Bane…
Christopher Nolan jouit en France, auprès de la critique, d’une sacrée réputation et auprès des studios d’un certain respect. Si l’on peut comprendre l’intérêt des studios pour cet homme qui arrive à engranger des millions, voire des milliards sans être adepte des blagues touche-pipi, on a du mal à comprendre que Christopher Nolan ait autant de fans parmi les cinéphiles. Un excellent technicien, ne fait pas forcement un excellent cinéaste. Nolan est surtout un petit malin, c’était le cas à l’époque de Memento, il l’a revendiqué lors du Prestige, et on lui a donné les moyens de faire taire les critiques avec Inception. Dans ce gigantesque tour de passe-passe, sa trilogie Batman fait figure de récréation. Une sorte de trilogie sur commande lui permettant de faire «ses» films à côté.
Mais si Batman Begins avait eu un certain succès critique, c’est avant tout parce que Nolan arrivait après Shumacher. Et qu’après Batman & Robin, le cinéma ne pouvait que reprendre ses droits. En réalité, ce qui distingue et fait l’originalité de Batman Begins, c’est son scénario. Évacuer d’un bonne partie du film The Batman pour se concentrer sur Bruce Wayne, ce rentier a la tête de la world compagnie, l’idée est excellente. Plus que Nolan, c’est David S. Goyer qu’il faut saluer. Nolan, en retrait y incarne alors parfaitement son rôle de technicien. Quant a The Dark Knight, tout le film repose, au final, sur la (forcement) remarquable interprétation du Joker par Heath Ledger. Là où Nicholson et Burton avait préféré l’aspect politiquement anarchiste du Joker, Heath Ledger semble avoir creusé en lui-même tout le nihilisme et la folie du personnage. Lorsque l’on sait la charge émotionnelle énorme que peuvent mettre les acteurs dans leur rôle on s’étonne moins du suicide de l’acteur. Frappante l’incarnation du Joker par Ledger se heurtait à un montage effectué par dessus la jambe, ou l’on sentait l’angoisse du réalisateur face à la densité de son histoire. « Surtout respecter les 2h27 du contrat » semblait se dire Nolan. The Dark Night aurait pu être un excellent film, grâce à Heath Ledger ce n’est qu’un terrifiant divertissement.
Alors donc, pour cet adieu à Batman, Nolan veut élever le chevalier noir. Massif et imposant, le titre comme les rumeurs qui ont traînées à propos du dernier opus, obligeait Nolan à offrir au spectateur un film qui ferait date dans l’histoire des adaptations de super-héros au cinéma. On en est très loin. The Dark Kinight Rises est un colosse aux pieds d’argiles. Nolan angoissé, une nouvelle fois, par l’ampleur de son projet n’arrive pas à satisfaire les promesses que le film semblait nous faire. Plus qu’une élévation, il s’agit d’une chute. De la confirmation du statut d’excellent technicien de Christopher Nolan et de son absence de vision de cinéaste. On s’en doutait un peu avec The Dark Knight et Dark Knight Rises le confirme; la piste de la satire anticapitaliste n’était qu’un gadget de Batman Begins et alors que le scénario s’y prêtait Dark Knight Rises évacue la réflexion sur la lutte des classes. On a du mal à comprendre pourquoi les alliés de Batman évoquent une révolution dont Bane aurait pris les commandes pour la détourner à son profit. C’est bien simple, le peuple dans le dernier Batman n’existe pas, ou à la limite y fait de la figuration. L’assaut des la bourse de Gotham (mais l’on pense fortement à Wall-Street) aurait été l’occasion d’un beau clin d’œil au mouvement Occupy Wall Street que Nolan voulait inclure dans son film. Il n’en est rien. Tout comme il aurait été intéressant d’insister sur les méthodes criminelles de Bane, qui se réclame du peuple. Qu’il s’agisse de la prise du pouvoir financier, via les manipulations boursières, des multinationales ou l’utilisation des entreprises de BTP pour fondre des explosifs dans le ciment, ces méthodes en rappelles d’autres : celle de la mafia italienne. La mafia elle aussi se réclame du peuple et s’en sert pour ses activités criminelles. Là encore il passe à côté des excellentes idées en germes dans le scénario.
Face à cette chute, l’élévation de Batman relève de l’artifice. Nolan, avant de laisser sa figurine à d’autres, insiste -lourdement- sur une idée empruntée ailleurs : De grands pouvoirs obligent forcement à de grandes responsabilités. Loin de la satire anticapitaliste de son premier Batman, on y perçoit plus l’idée que seul un milliardaire seconder par les forces de l’ordre peut sauver la planète. Le peuple, lui, est un facteur négligeable facilement manipulable. Limite. Si Batman est élevé au statut de héros, le peuple et avec lui le spectateur est rabaissé. Les arrières pensées des actionnaires de Warner sont bien plus présentent que les choix artistiques de Christopher Nolan. Soyez en sur, la critique du capitalisme mondialisé, dans Batman Begins correspondait plus à l’air du temps qu’a une vision du cinéaste. Gadget tout aussi gênant est le rôle des femmes qui entourent Bruce Wayne, bien que primordiales au déroulement du récit, elles sont reléguées au rang d’artifice, à la limite du défilé de mode. Il y a certes un plaisir certain à voir Anne Hataway en tenue de Catwoman, mais elle ne dégage rien et Nolan la cantonne à un rôle sans saveur. On est loin de la violence perverse de Michelle Pfeiffer dans Batman Returns que Nolan cite le temps d’une valse. Quant à l’utilisation de Marion Cotillard, on est en droit de se demander si Nolan ne se fout pas, un peu, de notre gueule.
Le dernier film de Christopher Nolan confirme le malentendu entre le rôle de technicien qu’il campe à merveille et l’image du cinéaste qu’on lui impose. The Dark Night Rises est : trop gros pour Christopher Nolan qui, empêtré dans ses histoires de budgets, n’a pas su voir que les grosses ficelles de son scénario allaient sauter aux visages des spectateurs. Trop long, il est difficile d’écouter le film pendant 2h45 d’Hans Zimmer. Trop attendu, le film déçoit par son final convenu et grandiloquent. Ne parlons pas des incohérences du récit qui résultent, on l’espère, d’un remontage voulu par Warner annonçant, sans doute une version longue director’s cut pour une sortie Bluray. Malgré les tensions, Tim Burton avait réussi à imposer une vision dès son premier Batman et avait atteint son zénith avec le tragique opéra de Batman Returns. Christopher Nolan n’a réussi qu’a imposer la pellicule et son refus de la 3D, le reste de Dark Knight Rises appartient aux exécutives de la Major. Au final on retient surtout l’intérêt de Christopher Nolan pour les voix : Caverneuse pour Thomas Hardy, celle distingué de Michael Caine et bien sur celle de Christian Bale qui avec le temps à réussi a imposer ce dédoublement de voix qui va a merveille a son rôle schizophrénique et qui fait la joie des fans de Community.
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