Synopsis : Pour financer leur spring break, quatre filles aussi fauchées que sexy décident de braquer un fast-food. Et ce n’est que le début… Lors d’une fête dans une chambre de motel, la soirée dérape et les filles sont embarquées par la police. En bikini et avec une gueule de bois d’enfer, elles se retrouvent devant le juge, mais contre toute attente, leur caution est payée par Alien, un malfrat local qui les prend sous son aile…

spring breakers critique #3Issu du cinéma indépendant américain, Harmony Korine a toujours été un cinéaste resté dans l’ombre, seulement connu d’un groupe d’amateurs éclairés qui avaient découvert son premier long-métrage Gummo en 1997. Après avoir roulé sa bosse durant toutes ces années, 2013 sera celle de sa rencontre avec le grand public. A n’en pas douter, c’est bien grâce à son casting aussi audacieux qu’inattendu que Spring Breakers rameutera les foules dans les salles obscures. Néanmoins, le cinéma d’Harmony Korine ne cherche pas à être plus accessible aujourd’hui qu’à l’époque où le réalisateur était scénariste pour Larry Clark. Bien du monde se sentira trompé sur la marchandise à la découverte de cet intriguant Spring Breakers. Seuls ceux qui connaissaient un minimum le passé du cinéaste sauront, à peu près, à quoi s’attendre. Il est concevable qu’un projet de la sorte soit difficile, voire impossible à vendre à travers une promotion classique. En allant voir le Drive de Nicolas Winding Refn, beaucoup s’attendaient à voir une sorte de Fast & Furious. Là aussi, le nouveau long-métrage d’Harmony Korine est loin de ressembler à un quelconque Projet X.

Ce n’est pas sans hasard, mais bien avec un certain sens de la provocation, que ce Spring Breakers réunit pour sa turbulente bande des filles bien sous tout rapport. Tout d’abord, nous avons Selena Gomez et Vanessa Hudgens qui viennent s’émanciper ici des productions télévisées puritaines made in Disney qui leur ont toujours collé à la peau. Ashley Benson, de son côté, cherche à échapper au soap Des Jours et des vies qui l’a révélé. S’ajoute alors Rachel Korine, la jeune femme du réalisateur, la plus dévergondée des quatre au début du film. En effet, toutes les filles sont loin d’avoir le même caractère et le même traitement par la mise en scène. Vanessa Hudgens (Candy) et Ashley Benson (Brit) se languissent de leur vie morne d’étudiantes en fac. Selena Gomez (Faith) est elle la plus sage, la plus introvertie, directement présentée au sein d’un groupe de prière. Rachel Korine (Cotty) traine chez elle, fumant de temps à autre une pipe à crack. Les quatre filles pensaient avoir économiser suffisamment pour profiter du spring break, cette semaine de congé où des milliers d’étudiants américains se lâchent dans de nombreuses stations balnéaires.

spring breakers critique #1

Candy, Brit et Cotty vont alors jusqu’à braquer un fast-food local pour trouver l’argent nécessaire à leur voyage, emmenant Faith avec elles, par la suite, vivre enfin ce dont elles ont toujours rêvées. C’est bien un rêve qu’elles poursuivent. Un rêve de paradis de la jeunesse éternelle que l’on découvre en prologue. Une plage ensoleillée, où tout est beau et coloré. La caméra toujours en mouvement oscille entre ralentis et accélérations, rythmée sur des morceaux de dubstep. Un monde surréaliste qu’ Harmony Korine oppose frontalement à celui de leur quotidien, fixe, terne, silencieux. Un monde réel presque déjà mort qu’elles quittent avec fracas pour rejoindre les stations balnéaires de Floride. Dans la culture américaine d’aujourd’hui, le spring break est devenu comme un évènement immanquable dans la vie d’un étudiant. Cette période de congé est (tristement) vue comme le dernier moment où l’on peut faire la fête avant de plonger définitivement dans la vie active. Une vision biaisée, accentuée par les médias concernés, pour faire du spring break un rêve sociétal artificiel où tout serait possible et permis.

Spring Breakers part de ce postulat pour retourner ce rêve d’idéal et de réussite doucement contre ses personnages principaux, ces quatre filles nées dans cette société des écrans, où le réel et le virtuel s’entremêlent constamment. « C’est comme dans un film. C’est comme dans un jeu-vidéo. » se répètent-elles avant de braquer le fast-food. Mais ce sera dans leur rencontre avec l’inquiétant Alien, interprété par un excellent James Franco aux faux airs de Joey Starr, que certaines repartiront vers le réel alors que d’autres sombreront complètement dans le virtuel. Payant leur caution, Alien invite les quatre filles chez lui. Une maison achetée avec l’argent de la drogue, dont la chambre à coucher représente cette nouvelle réussite sociale véhiculée par les clips de rap : des filles lascives en maillot de bain, des billets verts à ne plus savoir qu’en faire et assez d’armes pour mener une véritable guerre. Peu à peu, les relations vont se tendre entre les filles et provoquer le départ de certaines. Plus que cela, cette rencontre avec Alien amorce une seconde partie du long-métrage au montage plus chaotique. Un montage erratique marqué par des flashs très brefs de ce qu’il va arriver.

spring breakers critique #2

L’une des qualités indéniables du nouveau long-métrage d’Harmony Korine est sans aucun doute le travail de photographie du frenchie Benoît Dubie. Le chef opérateur de Gaspard Noé apporte un visuel incroyable à Spring Breakers. Les couleurs explosent et rendent ces images de fête inoubliables. Tel un dealer, Korine se fait également plaisir en nous faisant expérimenter de nombreux effets à l’image et au son, donnant à son travail de metteur en scène un vrai cachet. Mais bien qu’il brille pour poser sa patte tout au long du film, il délaisse par la même occasion le scénario qu’il semble abandonner dans la seconde partie. Même s’il fut à deux reprises scénariste pour Larry Clark, il n’est pas Larry Clark, et on se demande ce qu’il faut retenir de la façon dont les destins de chacun des personnages. Alors qu’elle aurait pu être facilement corrigée, cette faute à l’écrit est vraiment préjudiciable au sujet qu’il cherchait à aborder au départ. Cependant, malgré ses imperfections évidentes, Spring Breakers est un objet visuel suffisamment rare pour qu’on ne boude pas son plaisir, en rappelant qu’il n’est pas un film à mettre devant tous les yeux…

Dans les salles le 6 Mars 2013

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  • Sekime

    De mon point de vue : ce film est très beau visuellement (On s’y rince l’œil messieurs !) le scénario est assez original pour accrocher, le casting m’a donné envie de découvrir le film.
    Mais je trouve qu’il manque quelque chose.. Une folie ? Quelque chose de peu commun que j’attends de voir dans un cinéma.
    Bon aller, ce film est plutôt bien à regarder, plutôt bon mais je m’attendais pas à une perle du cinéma.

  • Marie

    La fin est décevante … Il manque quelque chose, pour ma part bien sur.