Synopsis : Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de relocaliser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel…
Il nous aura fallu attendre quatre années après le semi-échec de l’inégal Quantum of Solace pour que James Bond revienne sur les écrans. Casino Royale ayant offert un démarrage en trombe pour son nouvel interprète Daniel Craig, l’épisode suivant n’avait pas convaincu. Victime de la grève des scénaristes qui sclérosa le tout Hollywood, le film de Mark Foster se portait trop sur l’action, ne donnant pas le temps aux personnages de s’installer et se retrouvait finalement être l’opus le plus court de la saga et l’un des moins appréciés. Ce n’est pas la mauvaise volonté des équipes qui a retardé l’arrivée de ce qui allait devenir Skyfall. Encore détentrice des droits, la société MGM criblée de dettes atteignait ses heures les plus sombres et les procédures judiciaires ont retardé la mise en route du nouveau chapitre. Espérant renouer succès et qualité, les producteurs se sont alors tournés vers le réalisateur Sam Mendes à qui l’on devait déjà, entre autres, American Beauty ou Jarhead, qui n’avait encore jamais jusque là tourné de longs métrages dans sa patrie d’origine.
Skyfall débute à Istambul où Bond tente de récupérer un disque dur contenant la liste d’agents de l’OTAN infiltrés au sein d’organisations terroristes. S’ensuit une scène d’action qui va crescendo, tout en distillant quelques pastilles d’humour surprenantes et laissant quelques blessures sur le corps de Daniel Craig. Car ce nouveau James Bond n’est pas l’invincible Pierce Brosnan qui ne laissait jamais s’échapper une goutte de sang. Plus encore, Bond n’est plus (pardonnez le jeu de mot) bon dans ce qu’il fait. Il n’est plus que l’ombre de ce qu’il était, tel la silhouette en contre-jour qui sort du flou du tout premier plan du film. Il devra se battre contre son propre corps qui lui fait défaut. Ce qui rassure également dans la mise en scène de Sam Mendes, c’est la lisibilité retrouvée dans l’action. Face à la concurrence tenue par la trilogie Bourne, Quantum of Solace avait démarché Dan Bradley, réalisateur de la seconde équipe d’en face, pour donner à leur film un aspect plus Bourne que Bond. N’ayant pas le même talent que Greengrass, Foster s’était retrouvé avec des séquences d’action particulièrement illisibles. Pour Skyfall, Mendes reprend Alexander Witt qui avait officié sur Casino Royale et c’est quand même bien meilleur.
Après une erreur de jugement, James Bond est perdu et le disque dur disparu. Après d’un attentat à la bombe au MI6, un chantage virtuel est soumis à M où les identités disponibles sur le disque seront peu à peu dévoilées sur la toile. Reprenant le thème de la résurrection comme dans You Only Live Twice, James Bond prend la décision de revenir d’entre les morts pour agir dans l’ombre et retrouver rapidement le maître chanteur. Afin de l’aider dans sa quête, Bond retrouve une figure familière que la saga avait décidé de mettre de côté à l’arrivée de Daniel Craig. Après le grand Desmond Llwelyn et le bref John Cleese, le Quartermaster alias Q qui fournira l’agent 007 en gadgets est interprété par le jeune Ben Wishaw. Q passe du professeur Géo Trouvetou en blouse blanche au jeune geek à lunettes, pleinement représentatif de la nouvelle génération d’ingénieurs qui émerge de nos jours. A l’époque de Casino Royale, on nous avait enlevé Q pour le caractère irréaliste des gadgets, usés effectivement jusqu’à l’overdose sous l’ère Pierce Brosnan. Néanmoins, en réengageant ce personnage dans Skyfall, Sam Mendes reste tout de même modéré dans leur nombre et utilisation.
Pour l’image de carte postale, Skyfall ne décevra pas. Le dépaysement est assuré. Notamment avec les plans de nuit sur Shanghai, sublimés par l’incroyable photographie de Roger Deakins (qui est l’un si ce n’est le meilleur chef opérateur à l’heure actuelle). La mégalopole chinoise tranche complètement avec la grisaille permanente londonienne, passant d’une route éclairée en bleu à un combat entièrement tourné en silhouette pour culminer avec l’arrivée de James Bond dans un club où le rouge orangé se mêle divinement avec un doré plus chaud. De même, le final de la tombée à la nuit offre au spectateur certains des plus beaux plans jamais vus dans toute la saga. La musique elle reste plus classique. Compositeur attitré de Sam Mendes, Thomas Newman remplace David Arnold au poste mais pas tant dans le style. Même si l’usage des cuivres reste moins systématique chez Newman, donnant une dimension moins épique à la globalité du long métrage. Mendes sait que la musique n’a pas besoin d’être présente en permanence. Le réalisateur joue à plusieurs reprises de longs silences pour isoler Bond et accentue de façon exponentielle le suspense par cette absence.
Déjà que sa coiffure nous avait désarçonné à la découverte des bandes-annonces, le personnage de Silva tenu par Javier Bardem en troublera plus d’un. D’autant plus qu’il se présente à Bond comme l’un de ses prédécesseurs. L’ère Craig s’ouvre à de nouveaux horizons, à de nouveaux publics et se permet de toucher à certaines cordes sensibles de la figure qu’a toujours représenté James Bond de par le monde. Silva est un monstre. Un monstre créé par le MI6 qui tient M pour responsable de sa situation et mène contre elle une terrible vendetta. Mendes ne cherche pas l’explication et laisse pas mal de mystères autour de ce personnage en traçant de nombreuses pistes sans jamais les explorer ensuite. Mais Bond ne serait être James sans les femmes. Entre le charme malicieux de Naomi Harris, la beauté incendiaire de Bérénice Lai Marlowe et la figure monolithique de Judi Dench qui s’effrite, les femmes tiennent une place particulièrement forte dans Skyfall. Sans oublier la belle Adèle qui interprète tout en retenue le thème principal, évitant la redite des plus criards « You Know My Name » de Chris Cornell et « Another Way to Die » de Jack White et Alicia Keys.
Le rythme et le caractère plus intimiste que Sam Mendes a fait prendre à Skyfall peut surprendre. Le film se rapproche (heureusement) beaucoup plus d’un Casino Royale que d’un Quantum of Solace et s’inscrit parfaitement dans un monde en proie à la puissance de l’Internet et du terrorisme international. La dernière partie à Londres rappelle étonnamment les images des attentats de juillet 2005. Cependant, le long métrage de Sam Mendes va plus loin que la simple relecture contemporaine de ses deux aînés, n’hésitant pas à faire quelques clins d’œil plus ou moins discrets. Le dernier acte se jouant en Écosse relie enfin Daniel Craig au passé immuable du James Bond orphelin et l’intègre à cette mythologie en ruine à laquelle le réalisateur ose relancer avec un bouleversement encore inédit. Le final risque aussi de surprendre et pose la question de l’avenir de la saga. Alors sur Inception, Christopher Nolan souhaitait vouloir faire un jour un James Bond mais sans Daniel Craig et aujourd’hui d’autres lancent des rumeurs sur l’acteur noir Idris Elba en prochain 007. Mais Craig est encore dans la place et Sam Mendes parvient à lui donner une vraie puissance dramatique bien que ce personnage existe sur nos écrans depuis maintenant cinquante ans. Visuellement incroyable, Skyfall tranche et renoue à la fois avec la tradition de la saga. Brillant.
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