[Critique] Projet X de Nima Nourizadeh (2012)

[Critique] Projet X de Nima Nourizadeh (2012)

Synopsis : Alors qu’ils semblaient jusque-là se fondre dans la masse, trois lycéens décident de sortir de l’anonymat. En apparence, leur projet est plutôt inoffensif puisqu’ils ont l’intention d’organiser une fête des plus mémorables. Mais rien n’aurait pu les préparer à la soirée qu’ils s’apprêtent à vivre… La rumeur se propage alors rapidement, tandis que les rêves des uns s’effondrent, les résultats scolaires des autres dégringolent, et des légendes se forgent

Difficile de synthétiser en un titre l’objet qui arrive sur nos écrans. Cela faisait déjà plusieurs semaines que l’on subissait des spots publicitaire Axe à valeurs de bandes-annonces pour « Projet X« . Sur ce point c’est réussi, plus la peine de faire de placement de produit dans le film. Il reprend les gimmicks visuels du spot. La publicité est, comme les clips, un moyen pour les réalisateurs d’expérimenter des idées de mise en scène et permet d’arrondir les fins de mois, voire de régler des problèmes fiscaux. D’excellents réalisateurs ont affûtés leurs armes dans la publicité, Fincher ou Lynch en tête. Depuis quelques années on se demande, pourtant, si à ce jeu, les marques n’ont pas pris le pouvoir. C’est une question à se poser à la vue de « Projet X« , une question que l’on se posait déjà à la sortie de MIB2 et que l’on continuera a se poser à la sortie de W.E. de Madonna. Ici, si l’on retient le produit, on ne sait plus qui réalise. « Projet X« , est un bon titre, celui d’un déodorant.

Projet X est également celui des producteurs. Todd Philips, réalisateur de Very Bad Trip et celui de Joel Silver (Armes Fatales, Matrix). La présence de ce dernier, intrigue. Sur le papier, on se demande comment en est-il venu à s’intéresser à ce projet. L’histoire d’adolescents transparents petits bourgeois frustrés qui finissent par user des réseaux sociaux pour inviter qui le veut à leur fête. Pas de courses poursuites, pas d’explosions, pas d’extraterrestres, pas de Kung-Fu. Rien qui ne correspond à l’univers du producteur de Prédator. Faut-il s’imaginer Todd Philips en pleine crise d’angoisse? Voyant son film lui échapper, a t-il fini par faire appel à l’alchimiste Silver pour transformer son projet boiteux en or? La patte de Silver est bien là: les héros sautent des toits et les voitures explosent. Le succès de SuperBad et de la franchise American Pie ne sont pas non plus pour rien dans l’intérêt que les deux producteurs ont portés au projet. Ni la mode du found-foutage qui parasite Hollywood depuis maintenant 15 ans. En mélangeant les deux idées, films d’ado  à l’humour gras et images dites « amateurs », ils pensaient que la sauce allait prendre. La sauce, ne prend pas.

Projet X ne propose aucune intrigue, juste des mini-spots pour Blackberry ou Heineken. On est loin de Block Party de Michel Gondry et The Party de Black Edwards. Un peu à l’image des adaptations cinéma de jeux vidéos, où l’absence de gameplay nous retire tout plaisir, le spectateur reste de marbre face à Projet X. Une évidente frustration nous envahie à l’idée de ne pas être convié à la soirée. Le sujet était pourtant, potentiellement, intéressant: une fête qui dégénère poussant la police a faire intervenir les forces anti-émeutes. Cela c’est déjà vu. On a pu depuis 2008 visionner ce genre de situations sur YouTube. Il aurait été intéressant pour un cinéaste et un producteur de s’interroger sur ces évènements. Pourquoi une jeunesse organise t-elle des bing drinking ? Est ce réellement le cinéma qui pousse la jeunesse à chercher à s’abrutir dans l’overdose d’alcool, comme le dénoncent de récentes études? Pourquoi la seule réponse à ces débordements est elle d’envoyer les forces anti-émeutes surarmées. Pourquoi celles-ci ne réussissent plus à rétablir l’ordre et doivent battre en retraite face à des ados désarmés?

Sur la forme, comme sur le fond, le réalisateur a renoncé. Loin de se poser des questions, Projet X laisse à la marque le soin de répondre aux problèmes de la jeunesse. Car Axe a bien compris, comme toutes les grandes marques, le besoin chez les jeunes d’avoir un espoir, une utopie, le besoin de rêver. Ce que ne leur offre plus cette société. Comme le souligne Naomi Klein dans « No Logo », les marques ont investies le champs de la révolte et de l’utopie pour assoir leur légitimité. En temps de crise économique et sociale, Axe propose a cette jeunesse sans espoir, l’Anarchy. Le déodorant que la marque lance au moment de la sortie du film. L’anarchie est ici limitée aux lieux communs de «il est interdit, d’interdire» et a l’affrontement contre les forces de l’ordre. Projet X se veut un film sulfureux. Sauf que Projet X n’ose jamais franchir l’interdit. Aucune drogues, en dehors de l’extasy, évoquées dans le film est interdites en Californie et on est plus proche d’idéologies réactionnaires que libertaires lorsqu’il s’agit du sexe. Joel Silver s’éloigne de Matrix où, avec les frères Wachowski, il s’amusait à subvertir le blockbuster, et on est à milles années lumière d’un autre projet (Mayhem) mis en scène par Fincher pour Fight Club. L’histoire de Projet X est, donc, celle d’une démission. Plus encore que celle du cinéaste, c’est la démission de Hollywood, face aux puissances de marques qui est mis à jour.

Gaël

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  • maxx

    Je ne comprends pas une seconde comment l’on peut se demander pourquoi le réalisateur ne se pose pas des questions tel « pourquoi les jeunes organisent des bing driking », « police ».. blabla.
    Il est evident que ce film se veut léger, qu’il ne « sert »  rien si ce n’est à nous divertir.
    C’est cliché, c’est débile, ce n’est pas intéressant, mais c’est le but.
    Perso, j’ai rigolé, l’ambiance dans la salle était sympa, ce film fait appel au public, à la sortie, on a trouvé des gens avec qui aller boire un verre.
    Pourquoi vouloir faire critique sérieuse sur un tel film, je comprends qu’on puisse détester, mais dela a reprocher au réalisateur de n’avoir pas approfondi une éventuelle dérive de la jeunesse je trouve ça un peu grotesque.