Synopsis : Alors que le monde est en train de s’effondrer et que les gens perdent leurs perceptions sensorielles, deux personnes tombent amoureuses l’une de l’autre.

Les films montrant des épidémies à grande échelle sont souvent l’occasion de mettre en scène des images de panique, quelques drames individuels et des personnages principaux qui mettent tout en œuvre pour survivre et éventuellement sauver l’humanité. Le réalisateur écossais David Mackenzie choisit avec Perfect Sense d’explorer à fond les conséquences de son épidémie en se concentrant sur la romance de deux personnages principaux finalement assez communs, même si quelques scènes de panique générale particulièrement convaincantes viennent régulièrement rappeler au spectateur que toute la population souffre bien de ce qui lui arrive.

Dans les deux rôles principaux, on retrouve avec plaisir Ewan McGregor (Trainspotting, The Island) et la splendide Eva Green (Kingdom Of Heaven, Casino Royale) dans les rôles de Michael et Susan, un cuisinier et une scientifique qui se rencontrent et tombent amoureux alors que le monde qui les entoure sombre petit à petit. On note aussi la présence d’Ewen Bremner, déjà vu aux côtés d’Ewan McGregor dans le rôle de l’inoubliable Spud dans Trainspotting en 1996, qui interprète ici un rôle secondaire.

L’épidémie se traduit par la perte progressive des cinq sens, sachant que la perte de chaque sens s’accompagne à chaque fois de l’amplification momentanée et incontrôlable de certains sentiments humains comme la nostalgie, la tristesse ou la colère. Vu que cela touche tout le monde en même temps, cela donne lieu à des scènes de chaos très percutantes qui démontrent à quel point le réalisateur est autant à l’aise avec ce type d’événements que dans des scènes bien plus intimistes qui font sans cesse évoluer la situation qui unit les deux personnages principaux. Il en va de même pour la disparition progressive des sens qui permet à Michael et Susan d’explorer de nombreux aspects de leur relation amoureuse. Chaque sens perdu se traduit d’ailleurs concrètement à l’écran et le spectateur est donc amené à bien saisir les difficultés éprouvées par toute personne qui se retrouverait dans de telles situations. La mise en scène s’adapte donc au scénario, et rien que pour ça David Mackenzie signe là un film ingénieux qui a le mérite d’explorer son concept à fond, ce qui est assez rare pour être souligné et félicité !

Même s’il rappelle vaguement dans son concept l’ennuyeux Blindness sorti en 2008 (avec notamment Julianne Moore et Danny Glover), Perfect Sense va beaucoup plus loin en impliquant le spectateur dans une histoire qui se révèle passionnante et touchante, tout en réussissant à soulever de vraies questions sur ce qui compte vraiment dans nos vies, sans jamais se perdre dans une romance artificielle et inutile. Au contraire, l’histoire de Michael et Susan est plutôt la démonstration concrète de la conclusion que cherche à démontrer (avec brio) le réalisateur. Et n’est-ce pas là ce qu’on attend vraiment d’un film d’épidémie ?

Jérôme

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