Synopsis : Avril 1988. Île d’Ouvéa, Nouvelle-Calédonie. Un groupe d’indépendantistes Kanaks attaque la gendarmerie de Fayaoué, tue 4 gendarmes et en enlève 30 qu’ils vont retenir en otage dans une grotte isolée sur cette toute petite île. L’État français envoie l’Armée avec 300 hommes et un véritable arsenal de guerre pour rétablir l’ordre. Entre le premier et le second tour des élections présidentielles, opposant François Mitterrand et son Premier ministre Jacques Chirac, le capitaine Philippe Legorjus du GIGN va passer dix jours à négocier avec les différents acteurs de ce drame, sans parvenir à éviter l’assaut final qui conduira à la mort de 19 Kanaks et de 2 militaires.
Indéniablement, le style Kassovitz est là et se ressent dès la première séquence. Le flash-forward d’ouverture « à l’envers » agrémentée de bascules de mise au point servant de présentation au personnage de Philippe Legorjus (incarné par Kassovitz), donne le ton. Il n’est d’ailleurs pas sans rappeler la virulence des plans de La Haine ou d’Assassins. Bien loin de ces derniers films, le réalisateur délaisse donc l’aspect « grand-guignol » au profit du réalisme et plonge son protagoniste et le spectateur dans une situation à la fois violente et trouble. Kassovitz s’autorise également aux passages quelques références plus ou moins marquées au films de Coppola (Le ventilateur d’Apocalypse Now…) , Spielberg (Munich) ainsi que d’autres effets de style tel que le flashback lors de la prise d’otage des gendarmes.
Mais s’il filme l’action avec maestria n’allait pas cataloguer son film de « film d’action ». Il n’en est rien. Le style laisse place à un cinéma se rapprochant du documentaire, de l’investigation et parfois même de l’immersion. L’Histoire prend le pas sur le spectacle. L’Histoire avec une majuscule. Car à l’heure des élections présidentielles et des conflits au Liban, la petite histoire de ce peuple de France ne semble intéresser personne…
Le film dénonce. Kassovitz prend clairement parti. Ce coté quelque peu manichéen risque d’en agacer plus d’un. Pourtant, nul ne peut rester de marbre face à une telle bêtise. Bien évidemment certaines accusations semblent un peu trop faciles mais là encore Kassovitz ne laisse pas indifférent. Le débat Mitterrand/Chirac « revu et corrigé » en est la preuve.
La force principale du film réside en Legorjus. En choisissant d’interpréter cette homme tiraillé entre ses obligations et sa conscience, Kassovitz l’acteur, fait des étincelles. Malheureusement on ne peut en dire autant de tous les autres comédiens, certains d’entre eux surjouant quelque peu, ce qui aurait pu nuire à la crédibilité du film. Mais les défauts s’effacent au profit de la force avec laquelle Kassovitz mène son sujet tandis que les idées les plus fortes passent paradoxalement, dans les moments de calme. En témoigne la scène de la réunion dans cette salle obscure, salle qui retrouvera toutes ses couleurs après que les dirigeants aient « convenu » de l’issue de la situation et ai ré-ouvert les rideaux. Ce geste banal au premier abord est pourtant d’une efficacité redoutable, indiquant la mise en scène au sein-même du gouvernement. Legorjus et ses principes ne pourront rien face à cette orchestration. Ce n’est donc certainement pas un hasard si dans la séquence suivante Legorjus et le subsitut du procureur marche sur une route menant vers une église. Cette impuissance se ressent également très fortement dans la scène où Legorjus est au téléphone avec son épouse (magnifiquement interprété par Sylvie Sestud) comme face un mur. Tel un homme qui ne verra jamais le bout du tunnel.
Avec « L’Ordre et la Morale » propose donc un témoignage édifiant sur l’Histoire, la mécanique de la politique et nous interroge sur la conscience, la nature humaine. « Kasso » est donc de retour sur le sol français après son incursion hollywoodienne largement critiquée, pour nous offrir une œuvre puissante à laquelle j’ai personnellement adhéré mais qui pourrait en « désarmer » plus d’un de part son propos et ses choix de mise en scène.
Fred
Tags Alexandre Steiger, critique, Iabe Lapacas, L'Ordre et la Morale, Malik Zidi, Matthieu Kassovitz, Philippe Torreton, Sylvie Testud, UGC Distribution















