Synopsis : Ancien publicitaire à succès, Roberto ne supporte plus d’être au chômage. Désespéré, il retourne avec sa femme dans l’hôtel qui fut le théâtre de leur lune de miel. Mais l’établissement a laissé place à un musée sur le point d’être inauguré. Au cours de sa visite, il fait une grave chute et se retrouve avec une barre de fer plantée dans la tête. Devenu l’attraction numéro 1 pour les médias présents, Roberto comprend que cet accident pourrait finalement lui être très profitable…

Cette année encore, le réalisateur espagnol Alex de la Iglesia prouve que sa génération de cinéastes est l’un des meilleurs crus. Sur fond de crise économique, il ancre l’histoire rocambolesque d’Un jour de chance (ou La Chispa de la vida en version originale) dans une Espagne très actuelle où la règle du chacun pour soi est de mise. Avec Salma Hayek qui se réveille doucement à ses côtés, on ne peut qu’envier la position du personnage interprété par José Mota. Toujours avec un sens aiguisé de la caractérisation par étape, de la Iglesia soulève l’autre côté du drap pour nous montrer que ce sérieux veinard dort en fait tout habillé, dormant avec des feuilles et dossiers en tout genre. Car le pauvre Roberto est au chômage depuis plusieurs mois et n’arrive pas à retrouver du travail. Ce dernier bosse dans un milieu des plus agressif et compétitif qui soit: le monde de la publicité. Ses CV sous le bras, il se rend à l’une des plus grosses boîtes dans le secteur où il avait exercé un temps en espérant trouver un poste. Il est notamment à l’origine du slogan espagnol de Coca-Cola « La Chispa de la vida ».

Alors que sa journée semblait bien partie, remit en confiance par sa belle épouse aimante, les petits problèmes vont s’accumuler les uns après les autres, ridiculisant Roberto et déliter complètement le peu d’espoir qu’il s’était convaincu. Tout le monde se dirait que ça ne pourrait pas être pire. L’arrivée dans cet acte deux qui va le clouer, pour ainsi dire, est amenée aussi imprévisible que cocasse malgré sa conséquence tragique. Se rendant sur le lieu de sa lune de miel transformé en musée flambant neuf, Roberto est emporté par une foule à la manière d’un Pierre Richard jusqu’à ce qu’il s’en échappe derrière les barrières de sécurité et fasse une malencontreuse chute qui va le bloquer là un bon moment. Problème, le musée est rempli de grands pontes et de journalistes venus pour inaugurer les lieux. Il ne faudra pas longtemps à la masse médiatique pour débarquer dans l’amphithéâtre antique et découvrir que Roberto est coincé sur cette grille, avec une tige en fer plantée profondément à l’arrière du crâne.

Tous se succèdent auprès de notre héros d’Un jour de chance. Le maire furieux qui voudrait régler l’embarrassante affaire au plus vite. La conservatrice qui voit d’un mauvais œil l’invasion des médias et des badauds dans ces lieux anciens et précieux. Les premiers secours qui sont dépassés par le cas improbable qui se confronte à eux, comme le médecin qui se demande bien comme l’on va pouvoir sortir Roberto de cette situation. Le long métrage se bloque alors dans ce théâtre où se joue sur scène l’agonie d’un homme quelconque. Connaissant le milieu des médias et vu le caractère exceptionnel de sa condition, Roberto décide de mettre à profit son quart d’heure de gloire, crucifié tel Jésus sur la croix. Il contacte rapidement un agent qui négociera son image auprès des médias venus en masse afin d’en tirer un maximum d’argent pour enfin mettre sa famille à l’abri du besoin. C’est sans doute sur cette caricature du traitement médiatique que le scénario pèche, usant de raccourcis et de personnages sans état d’âme qui misent plus sur la mort de Roberto que sur sa sortie sain et sauf de cette histoire.

Le jeu des médias se travaille aussi sur deux autres niveaux. L’arrivée de l’information immédiate via les chaînes d’infos en continu et de l’Internet est elle bien traduite dans le film. Au fur et à mesure que le calvaire de notre héros se poursuit, les circonstances du drame évoluent également du côté des journalistes qui rapportent ce qu’ils ont pu entendre (ou voulu entendre). L’autre niveau, moins réussit et le moins crédible compte tenu du peu de temps dont traite le film, est l’empathie de la foule d’anonymes envers Roberto. Les banderoles et les messages de soutien sont en trop, étant donné aussi qu’ils se renseignent auprès des médias qui travestissent les événements. Cependant, le vrai drame de ce long métrage est qu’en dehors d’une famille qui se réunira autour du père malchanceux et des quelques proches d’un soir comme le médecin ou le garde qui l’a surpris, toutes les personnes un tant soit peu hautes placées ne se préoccupent que des conséquences qu’aurait cette affaire sur leur image personnelle.

Alex de la Iglesia montre dans Un jour de chance un vrai talent de metteur en scène à suspense. Tout au long du film, il maintient les chances de survie de Roberto à 50/50 et cela jusqu’aux derniers instants, sans non plus oublier de saupoudrer de quelques gags à l’humour noir bien dosé pour nous laisser le temps de respirer un peu. Ne pouvant être déplacé, Roberto doit être opéré sur place. De nombreuses tentatives se succèdent mais se révèlent infructueuses et l’heure continue de tourner. Ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler comment s’achève cette histoire, sauf pour vous dire que cet étrange huis-clos à l’air libre sous haute tension nous rappelle à quel point, dans les moments difficiles, la famille reste un soutien des plus forts et des plus précieux qui existe.

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