Arrivés à mi-chemin de la dix-huitième édition de L’Étrange festival, nous avons vu pas mal de films, fait de belles rencontres et beaucoup de souvenirs. Dans tous les longs métrages présentés, certains d’entre eux ne nous ont pas forcément marqués aussi fort que d’autres et ce petit point avant les cinq derniers jours est là pour en parler. D’autres critiques seront à venir, bien évidemment !

THE FOURTH DIMENSION de Harmony Korine, Aleksei Fedorchenko & Jan Kwiecinski (2012)

Trois courts métrages mystérieux illustrant La Quatrième Dimension : Lotus community workshop de Harmony Korine (Gummo), Chronoeye de Aleksey Fedorchenko (Le Dernier voyage de Tania) et Fawns de Jan Kwiecinski, court métragiste polonais de renom.

Sur le papier, ce projet intrigue. Trois réalisateurs que l’on connaît déjà un peu (grâce à l’Étrange festival) se lancent sur le thème de la quatrième dimension. Vaste sujet, à ceci près qu’ils doivent mettre en scène un court métrage chacun en répondant à des contraintes (scénaristiques, artistiques…) et devant jouer sur la perception entre le fantastique et la réalité. Le premier de Harmony Korine présente dans son propre rôle Val Kilmer en gourou de supermarchés qui organise des thérapies de groupe sur la confiance en soi. Le deuxième de Fedorchenko retrace l’expérience d’un vieux scientifique qui cherche à voir à travers les temps. Le dernier de Kwiecinski suit un groupe de jeunes qui vadrouillent et s’amuse dans un village abandonné.

Sur l’écran, ce projet laisse perplexe. Commençant avec des citations diverses sur la quatrième dimension (le temps), dont une réplique culte de Retour vers le futur, tout le monde s’attendait à un programme un tant soit peu geek. Finalement, Même si voir un Val Kilmer en roue libre se prendre pour une sorte de chamane hippie ringard est assez drôle, le plus réussit serait celui de Fedorchenko. Le cinéaste russe laisse suffisamment de pistes pour nous faire comprendre que ce scientifique cherche avant tout à retrouver l’image de sa femme disparue. Nous avons plus de mal à avoir de l’empathie pour ces jeunes polonais un peu foufous, semblant se ficher de l’inondation qui les menace. Séparés par des séquences au design élégant qui énonce les règles, les trois courts métrages sont plus proches du cinéma d’auteur un brin expérimental qu’autre chose et laissent finalement le public bloqué à la troisième dimension.

 

THE SECOND DEATH de Santiago Fernandez Calvete (2011)

Synopsis : Alba Aiello, une jeune détective, débarque dans une petite bourgade trop calme pour ne pas être louche. Quand des corps calcinés sont retrouvés dans un champ, elle ouvre une enquête avec l’aide d’un assistant qui ne la laisse pas insensible. Les pistes ne mènent nulle part jusqu’à ce qu’un garçon se revendiquant magicien affirme avoir le pouvoir de voir le passé des gens en touchant leurs photos…

Là encore, le synopsis nous vend plutôt du rêve et le peu d’image qui filtre de ce long métrage argentin donne assez envie de le voir. Après une scène d’ouverture qui interroge, The Second Death propose une composition de l’image atypique avec un éclairage très contrasté qui ne rend pas tous les éléments présents visibles. Le choix des cadres n’est pas mauvais, c’est plutôt le manque cruel de mouvements aléatoires qui laisse transparaître un minimum de vie. Entre les panoramiques et les lents travellings, le montage n’arrange rien au rythme du film qui le plombe en laissant les plans et les séquences trainer en longueur. D’une histoire qui aurait pu être celle d’un épisode d’X-files, on tombe doucement dans la torpeur et l’inaction de ce long qui aurait pu être un court.

Le réalisateur aurait-il dû chercher à faire dans le thriller plus choc à la Fincher ou gratter dans l’angle du fantastique à la Del Toro? Je pense que le problème du film se joue essentiellement sur ce montage raté qui rallonge artificiellement l’expérience de The Second Death et nous la rend soporifique. Un mot également sur le travail du son qui est juste ignoble. En dehors des longs silences qui durent, il faut compter avec des changements de niveau dans les dialogues, de redoublages foireux, des prises son qui sont parfois complètement à côté de la plaque et la musique originale qui survient quand il ne faut pas. La bande sonore de The Second Death pourrait servir d’exemple à ne pas suivre. Je n’ai pas eu connaissance s’ils ont eu des problèmes dans ce domaine, mais il faudrait éviter de rendre un travail aussi bâclé.

COMFORTING SKIN de Derek Franson (2011)

Synopsis : Une jeune femme solitaire, en manque désespéré d’échanges émotionnels et sexuels, se retrouve embarquée dans une relation surréaliste et destructrice avec son encombrant tatouage qui progressivement prend vie sur sa peau.

Autant je n’avais aucune idée de quoi m’attendre de The Fourth Dimension, autant pour The Second Death et Conforting Skin j’avais bon espoir au regard des synopsis de la brochure de l’Étrange festival. En prenant comme point de départ une fille mal dans sa peau qui se fait un tatouage pour changer d’apparence, le film de Derek Franson prend la même route qu’avait tracé Darren Aronofsky avec son dernier Black Swan. Sauf que le talent de metteur en scène ne s’est pas transmit au jeune réalisateur canadien pour le coup. Avec un premier acte beaucoup trop long, on espère que l’arrivée du tatouage va faire son effet et lancé comme il se doit les hostilités psychiques et charnelles. Le personnage principal ayant eu des sales histoires à cause de sa fragilité psychologique. Or, faire parler le tatouage avec un léger écho dans le mixage, c’était l’option facile, bête et qui prend un peu le spectateur pour un… Enfin vous voyez ce que je veux dire.

Tourné en numérique et la photo pas très bien bossée, l’image de Comforting Skin ressemble malheureusement à celle d’un mauvais film d’étudiant. Là aussi quelques problèmes au niveau de la bande sonore, engloutie toute entière par une musique aux harmonies dissonantes. Logique pour exprimer ce combat intérieur entre deux personnalités. Mais au bout d’une heure et quarante-neuf minutes ça fait long. Trainant également en longueur à cause d’un montage brouillon et qui tarde sans cesse à couper des plans trop longs, Comforting Skin conforte (c’est le cas de le dire) son réalisateur qui se complait volontiers dans l’évident ou l’inintéressant. Au moins, il a pu mettre en scène quelques fantasmes puceaux. Notamment, une scène d’amour lesbien où le tatouage se balade sur tout le corps de l’héroïne, vaine tentative fauchée de recopiage de celle de Black Swan sorti un an plus auparavant.

Par

Tags , , , , , , , , , , , , ,