Synopsis : Un chasseur de têtes accompli risque tout pour acquérir un tableau de valeur dont l’actuel propriétaire est un ancien mercenaire.

Annoncé comme un thriller venu du froid, Headhunters est un peu plus que cela. Avec un ton sérieux, les premiers instants du long métrage de Mortem Tyldun ne trompent pas avec l’énonciation par le personnage principal des règles à suivre pour voler une toile de maître chez l’habitant. Avec un plan pour illustrer chacun des gestes précis, cette ouverture sonne un peu comme un Thomas Crown qui aurait flirté chez Soderbergh ou Guy Ritchie. Dans la vie, Roger Brown (interprété par Aksel Hennie) est un chasseur de têtes pour le compte de grosses entreprises. Le reste du temps il vole et revend des toiles de maîtres afin de pouvoir mener une vie de luxe.

Tout est fait pour rendre le héros antipathique au possible, lui qui ne donne de l’importance qu’à la réputation que l’on se fait au sein de la société, bien qu’il provienne d’un milieu moins favorisé. Il n’y a que les moments qu’il partage avec sa magnifique femme qui nous font comprendre qu’il tient à sa relation sentimentale. Il aime sa femme mais à peur de lui faire un enfant. Comme dans tous les films de casses, menacé par des dettes, notre héros se retrouve au pied du mur et se voit proposé le coup du siècle. Forcément, rien ne se passera comme prévu

Très bien amené, le premier retournement nous révèle que sa femme le trompe avec son nemesis : un beau gosse joué par Nikolaj Coster-Waldau (Jamie Lannister dans la série Game of Thrones) à qui appartient le fameux tableau à voler. Par la suite, tout va progressivement se dérégler dans la vie de Roger. Surtout lorsqu’il découvre son complice mort dans sa propre voiture, visiblement victime d’une pointe empoisonnée dissimulée qui lui était en fait destinée. Le héros qui chassait les tableaux devient finalement la proie d’un adversaire encore plus déterminé. Le scénario Headhunters est particulièrement bien écrit, car il parvient à se rendre imprévisible grâce à une méthode que l’on connaît des frères Coen notamment: le changement de registre. La scène suivante où il tente de se débarrasser mollement du corps est réaliste tout en étant d’un burlesque incroyable. Alors qu’il n’en annonçait rien au départ, le film de Morten Tyldum tombe dans la comédie noire à la Alex de la Iglesia avec un léger soupçon d’Edgar Wright. Il parvient à trouver des situations de plus en plus surprenantes et incroyablement drôles, bien que certaines se révèlent un peu cruelles et les plans les plus gores n’étaient pas vraiment indispensables.

Sur la dernière partie du deuxième acte, même si le long métrage redevient un peu plus sérieux et moins rocambolesque, le réalisateur n’oublie de caser quelques éléments comiques pour désamorcer la tension qui pourrait s’imposer par la suite. Après avoir subit maintes situations dégradantes et avoir croisé la mort à plusieurs reprises, notre homme de ville une fois tout en bas (au sens propre comme au figuré) se transforme progressivement, prêt à tout donner pour retrouver son pire ennemi. Prêt à tout sacrifier, il abandonne alors complètement l’image matérialiste et de bonne allure qu’il se donnait dans son quotidien. Le thriller de Morten Tyldum est une vraie séance de montagnes russes. Nous finissons par embrasser pleinement la cause de Roger après être passé par toutes les différentes gammes d’humour et de suspense.

Menant son personnage principal et le public dans un puzzle inextricable totalement imprévisible et spectaculaire, Tydlum fait de Headhunters un très bon film de genre(s). Il est un digne représentant des thrillers qui peuvent émerger de ces contrées nordiques et qui savent travailler avec talent leur mise en scène, pas comme l’adaptation plan-plan de la saga Millenium que l’on nous a servi il y a quelques temps. Pas étonnant d’ailleurs que les droits pour un remake américain aient été déjà achetés. Headhunters, surement le blockbuster de cet Étrange festival cuvée 2012.

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