Synopsis : Dans une ville violente du futur où la police multiplie les fonctions (juge, jury et bourreau), un flic fait équipe avec une apprentie juge pour arrêter un gang qui vend de la drogue SLO-MO…
Il y a une semaine, l’Étrange festival s’est clôturé avec le film autour duquel l’attente et l’inquiétude s’étaient mêlé le plus. Depuis le nanar de 1995 avec Sylvester Stallone dans le rôle titre, la figure cinématographique que Hollywood avait rendue du juge Dredd ne faisait guère honneur au comic book de Wagner et Ezquerra et attirait plutôt la raillerie et le mépris. Dès lors qu’une nouvelle adaptation a été officialisée, tous se sont mis à espérer que ce long métrage correspondrait enfin au style de l’œuvre imprimée et saurait retranscrire la violence inhérente qui accompagne ce personnage monolithique et facho au possible. On est loin du style mainstream de Danny Cannon, qui n’aura fait qu’un seul film en fin de compte, mais on est aussi loin de la claque espérée.
Les premières images font le triste constat du faible budget attribué au projet pour réaliser ses ambitions. En 1995, la mégalopole surchargée de buildings en tout genre rendait plus justice à la Mega City One d’origine. Aujourd’hui, on a le droit à une agglomération classique juste très étendue, parsemée de quelques tours gigantesques, dans l’une desquelles l’intrigue du film va se dérouler. Tourné au Cap, l’Afrique du Sud devenant un nouveau pôle attractif pour le cinéma international, Dredd pèche par un production design fauché et mal foutu (les fameuses motos des juges ont l’impression d’avoir été construites dans les années 1980 ou la présence improbable d’une rampe de skate sur l’un des balcons de la tour). Faute d’argent également, le peu de décors limite le potentiel de l’univers qui entoure les personnages. Le palais de justice étant réduit à une salle d’interrogatoire vétuste et ce ne sont pas les étages identiques du quartier glauque de Peach Trees qui feront la différence. Pour ceux qui ont vu plus tôt dans l’année le long métrage de Gareth Evans The Raid qui racontait l’histoire d’une escouade de police qui intervenait dans un immeuble contrôlé par un gang, le Dredd de Pete Travis, à qui l’on doit l’exercice de style de 2008 Angles d’attaque, aura un étrange goût de déjà vu. L’essentiel de ce reboot se déroule à l’intérieur d’une giga tour fermée sur l’extérieur, prenant au piège Dredd et sa nouvelle recrue dont cette opération sera son examen de passage.
Par chance, le seul point fort du film est l’incarnation impeccable du juge éponyme par Karl Urban, un habitué de la SF (Les Chroniques de Riddick, Star Trek). Débitant les one-lines contractuelles comme « Judgment time », « Sentence is death » ou encore « I am the Law », l’acteur imperturbable ne retire jamais son casque, jouant sur cette figure presque inhumaine qui rend de façon implacable une justice sourde et aveugle. La ressemblance avec le Robocop de Paul Verhoeven n’est pas très loin avec la première intervention du juge Dredd rappelle celle de Robocop tuant d’une balle dans la tête un malfrat qui prenait en otage une femme. Les scénaristes ont pensé à contrebalancer cette radicalité avec le personnage de la rookie Cassandra Anderson interprété par Olivia Thrilby. Un peu trop, sans doute. Mutante, cette dernière a développé des pouvoirs télépathiques et parvient à lire dans l’esprit des gens qu’elle croise, ce qui équilibre l’aiguille de l’empathie du duo sur 50%. Néanmoins, l’utilisation de ses capacités surhumaines est toujours et inutilement surlignée par un effet de brouillage de l’image, alors qu’il aurait été plus intéressant de laisser le doute en permanence. Face à eux il y a Ma-Ma, la balafrée Lena Headley (Cersei Lannister dans la série Game of Thrones) manque de trouver une crédibilité suffisante à son incarnation qui n’aura pas forcément d’heure de gloire durant le long métrage, même dans son duel final face à Dredd.
Pour les effets, ça y va de bon cœur ! Malgré d’entrée un titre qui sort de l’écran un brin racoleur, Pete Travis évite l’argument purement commercial de la stéréoscopie du projet avec 3D native et un travail visible sur les perspectives qu’offre la tour de Peach Trees. Mais la crainte principale que beaucoup avaient en découvrant les premières images de Dredd s’est confirmée. La drogue utilisée dans le film, baptisée Slo-Mo pour slow motion, parvient à celui qui en prend de percevoir les choses au ralenti. Réalisé grâce à la caméra Phantom (la même que sur les Sherlock Holmes de Guy Ritchie), l’effet blinde l’écran d’arcs-en-ciel, de réfractions saturées et d’étincelles qui gâchent l’aspect visuel d’une part. D’autre part, contrairement à Ritchie, le réalisateur Pete Travis ne sait pas gérer la présence de ces ralentis extrêmes dans son montage. Ce qui rend leurs interventions dans la première partie du film intempestives, cassant un rythme plus soutenu qui essaye de s’installer, comme dans la poursuite au début du film. Il en va de même pour la bande originale de Paul Leonard-Lorgan, dont la composition électro qui fonctionne tel un fond sonore redondant dans le mixage et se trouve être une torture à écouter isolée.
On peut remercier les producteurs d’avoir pris le risque d’une classification R afin d’être plus libres sur la question de la violence à l’écran. C’est sûr, le long métrage est sanglant au possible, qui plus est avec les passages au ralenti qui laissent à loisir de contempler les dégâts commis par l’impact des balles. Cependant, comme pour celui de Danny Cannon, le film de Pete Travis ne va pas jusqu’au bout. On a le droit de montrer des gens qui brûlent, qui s’écrasent ou qui explosent, mais un bout de sein c’est trop demander. Contrairement à The Raid qui parvenait à mettre en place un véritable suspense dans les séquences d’infiltration, Dredd n’arrive pas à assumer complètement son caractère bourrin et couillu par ce sursaut de puritanisme de dernière minute. Vue la vacuité des échanges entre les personnages, on pourra reprocher à ce reboot de ressembler à un jeu vidéo dont la progression des niveaux ne fait qu’enchainer les vagues d’ennemis anonymes à dessouder. Il n’y a pas non plus de véritable évolution dans leurs personnalités au fil d’une histoire qui aurait pu être casée sans problème comme une scène d’exposition. Dredd ne sera-t-il qu’un prologue ouvrant vers de nouvelles aventures plus riches et osées ? Seuls l’avenir et les recettes nous le diront, car malgré un bon Karl Urban cabotin sans trop l’être, cette nouvelle adaptation faussement transgressive de 2000 AD ne nous aura pas convaincue.
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Ruthay
















