Synopsis : Un jeune père devenu agoraphobe depuis que sa femme a été tuée par un gang d’enfants cagoulés affronte de nouveau les agresseurs qui veulent s’en prendre à son bébé. Aidé par une infirmière et un prêtre adepte de l’auto-défense, il comprend que le seul moyen d’exorciser sa peur est d’y faire face en s’introduisant dans la Citadelle, là où réside le gang…

Citadel est sans doute l’une des bonnes surprises que nous a réservé l’Étrange festival de cette année. Le film démarre comme un fait divers des plus tragiques. Tom et sa femme enceinte vivent heureux, malgré la vétusté de leur HLM. Un matin, Tom se retrouve coincé dans l’ascenseur et assiste impuissant à l’agression de sa femme par un groupe d’enfants encapuchonnés dans leur survêts. Une fois les agresseurs partis, il retrouve sa chère et tendre meurtrie, une seringue plantée dans le ventre. À l’hôpital, seule sa fille naissante est hors de danger. Sa femme est plongée dans le coma, infectée par une maladie inconnue. Suite à ce drame, Tom développe une agoraphobie qui lui pose beaucoup de problèmes pour élever sa fille. Quelques temps plus tard, le jeune père à déménager dans un petit pavillon, pas si éloigné que ça de son ancien immeuble, dans ce quartier désaffecté qui va pour être démoli. Il va devoir affronter de nouveau ses agresseurs qui, cette fois, viennent pour enlever sa fille.

Dès les premiers plans qui touchent cette maladie qu’est l’agoraphobie, on comprend très vite que le jeune réalisateur Ciaran Foy sait de quoi il parle. Lui même ayant été un agoraphobe, il réussit à retranscrire parfaitement dans sa mise en scène ce malaise constant, avec des cadres portés à l’épaule aux mouvements hasardeux et à la mise au point toujours à la limite. Tom suit des thérapies de groupe pour essayer de guérir cette peur. Une autre vie commence lorsque sa femme, qui ne s’est pas remise de son agression, se voit être débranchée. L’infirmière compatissante qu’il croisait chaque jour en rendant visite à sa femme devient le seul personnage extérieur qui lui offre son soutien. Tom reprend peu à peu goût à la vie, retrouvant une sorte de structure familiale et son handicap s’atténuant.

C’était sans compter sans l’intervention terrifiante des meurtriers de son épouse qui ressurgissent dans sa vie. Au départ présentés comme des figures fantomatiques qui errent dans les reflets ou l’arrière plan, ils finissent par débarquer un soir chez lui avec violence. Filmée depuis le point de vue de Tom qui sent son agoraphobie remonter, cette scène face à la porte d’entrée est construite avec une tension qui prend littéralement à la gorge. Isolés au milieu de cette cité en ruines telle un no man’s land, qu’un pauvre bus relie une à deux fois par jour, ce jeune père et sa fille se désignent d’office comme les prochaines innocentes victimes de ces petits vandales encagoulés. Toutes les scènes d’attaque sont à chaque fois plus stressantes et anxiogènes que les précédentes, sachant nous faire ressentir également cette peur primale qui tenaille Tom constamment et cet instinct de survie qui en découle.

À la manière d’un roman de Clive Barker, c’est à la moitié du film que l’histoire commence à prendre un virage dans le genre fantastique. Bien que l’on pourrait penser qu’il s’agisse de l’esprit tourmenté de Tom qui lui joue des tours, les fameux agresseurs sont en fait des monstres au sens propre du terme. Une espèce de momie déconfite au visage desséché et aux yeux brillants qui s’en prend avec violence à tous ceux qui croise son chemin. Le personnage d’un prêtre un brin maboule interprété par James Cosmo (Jeor Mormont dans la série Game of Thrones) devient alors le seul allié de Tom lorsque sa fille se fait finalement enlever. Quelques explications classiques sur les lois de la physique des monstres déterminent l’ancien HLM de Tom comme le lieu de résidence de ces monstres… et qu’il faut le détruire par le feu!

Les trente dernières minutes qui se déroulent de nuit dans l’immeuble sont tout de même très efficaces. Le design sonore des monstres fait vraiment sursauter et permet à Ciaran Foy d’éviter les effets de montage du genre déjà vus. Les monstres attirés par l’effroi des personnes, un jeu intéressant sur la peur de la peur elle-même s’enclenche mais ne dure par très longtemps, Tom finissant par se trouver un courage et à sauver la situation. Même si les effets spéciaux numériques font un peu cheap sur le dernier plan, le réalisateur a su tout de même dépenser au mieux chaque euro qu’il avait à sa disposition pour tourner Citadel. Imaginez la qualité du long métrage qu’il sortirait avec un plus gros budget. Même si la seconde partie fantastique est un peu maladroite dans son déroulement, le film de Ciaran Foy tient toutes ses promesses et est l’un des rares à avoir pu retranscrire aussi bien à l’écran ce mal étouffant qu’est l’agoraphobie.

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