En ce dimanche 16 septembre, L’Étrange festival touche à sa fin après onze jours d’allégresse et de débauche au Forum des images. Un prochain article sera consacré au palmarès dévoilé ce soir, mais pour l’instant, retour sur ces quelques films qui nous ont moins touchés que d’autres. Même si le festival ferme ses portes, d’autres critiques sont à venir, notamment sur le diptyque de Ron Fricke (Baraka et Samsara), les Touristes ! de Ben Wheatley, les remakes de Dredd, Maniac et plein d’autres…


A CHINESE GHOST STORY de Wilson Yip (2012)

Synopsis : Un jeune percepteur se rend sur une vieille montagne qui domine un village n’ayant plus d’eau pour y chercher une nouvelle source. Contraint de passer la nuit dans le temple Lan Ro, il fait la connaissance de Nieh Hsiao Tsing ainsi que de Yin Chi Xia. Mais Hsiao Tsing est en réalité un esprit renard métamorphosé, obéissant à un démon maléfique.

Remake éponyme du grand film qui révéla tout le talent dont recelait Hong Kong en 1987, A Chinese Ghost Story ne montre malheureusement pas les mêmes qualités que son aîné. Le long métrage de Wilson Yip, qui n’est pas le plus mauvais réalisateur d’entre eux, se laisse regarder mais peine à retrouver la poésie qui illuminait toute l’œuvre originale et qui en avait fait son succès international. Visiblement destiné à un public essentiellement populaire chinois et dont les recettes en Yuan semblant être la seule motivation du projet, le réalisateur des deux volets de Ip Man nous livre cette fois un film lisse, plat et sans saveur qui multiplie les clins d’œil sympathiques bien qu’inutiles à l’original au lieu d’essayer d’innover sa mise en scène dans le bon sens.

Même si l’éventail chromatique de la photographie est travaillé pour correspondre à celui des productions des années 90-80, choisir tout filmer au dutch angle ou laisser la responsabilité à des effets visuels (qui n’ont pas le talent de leurs homologues hollywoodiens) le soin de réussir certaines séquences rend un aspect visuel peu confortable et propice aux faux raccords et perte de repères du spectateur. Pour le scénario, l’histoire se referme sur un triangle amoureux suranné par les personnages qui le composent. Entre le guerrier solitaire bourru et le jeune percepteur transparent, le récit suit la logique du casting en revenant sans surprise au premier amour. Wu-xia classique au possible et sans inspiration, ce remake vingt-cinq ans plus tard de A Chinese Ghost Story est dispensable, mais reste un très bon argument pour revoir le long métrage original de Ching Siu-tung, produit par le légendaire Tsui Hark.

 

VANISHING WAVES de Kristina Buozyté et Bruno Samper (2012)

Synopsis : Lukas, un scientifique, participe à une expérience qui lui permet d’entrer dans l’esprit d’un patient comateux inconnu. Au début, il ne distingue qu’une explosion de sons et d’images, puis aperçoit une femme inconnue. À chaque nouvelle connexion, il en apprend davantage sur cette femme et finit par en tomber éperdument amoureux.

Premier film de science-fiction lituanien, en voilà un statut qui interpelle et qui colle parfaitement à la thématique de l’Etrange festival. Coproduit avec la France, Vanishing Waves nous conte donc le récit d’une expérience à laquelle se prête Lukas qui doit parvenir à communiquer avec l’esprit d’un patient dans le coma qui lui est inconnu. Faute évidente de moyens, le film arrive à créer un futur d’anticipation crédible et pleinement accessible, baigné dans le gris et le blanc du labo. Je ne sais pas si le scénario s’en inspire, mais le coup du bassin d’isolation sensorielle, ainsi que l’ambiance générale me rappelle la série de J.J. Abrams Fringe, en particulier l’épisode pilote diffusé en 2008 qui proposait déjà ce type d’expérience. Coïncidence ou reprise? Je laisse au bénéfice du doute.

Alors que monde réel tient la route, le vrai problème de Vanishing Waves est dans ce monde du rêve, à la limite voire complètement dans le concept des limbes selon l’Inception de Christopher Nolan. La maison d’architecte construite au bord d’une plage est sympathique au demeurant, cependant limiter un inconscient partagé presque uniquement à ce seul lieu est trop restrictif en terme de mise en scène. Par ailleurs, les scènes qui s’y déroulent tendent plus vers le trip intello d’un film d’auteur qu’un véritable théâtre affranchi de toute norme où peuvent se réaliser tous les fantasmes et s’accomplir les plus bas instincts de l’être humain. Le pire étant la course finale à poil dans la nuit qui dure et qui dure. Un exemple parmi tant d’autres qui laissent le spectateur de côté. En étant allé un peu plus droit but dans les rêves, le long métrage aurait trouvé un rythme plus prenant et attractif (les séquences dans le monde réel montrent que c’est tout à fait possible) et aurait évité l’inévitable ennui à un scénario fort prometteur.

 

BULLET COLLECTOR d’Alexander Vartanov (2011)

Synopsis : Un adolescent de quatorze ans déteste sa vie. Tentant de fuir son existence morne où il se sent faible et lâche, il s’invente un monde fantastique où il lui est possible de tout affronter. Lorsqu’il s’échappe de chez lui et atterrit dans une maison de correction, les rêves et la réalité ne font plus qu’un.

Film choc sans aucun doute, Bullet Collector marque par sa photographie en noir en blanc avec très peu de nuances de gris entre les deux. Radical également dans ses cadres en caméra épaule, le film d’Alexander Vartanov est percutant par le sujet qu’il traite. Il explore le destin cruel d’une jeunesse désabusée dans la Russie de Poutine. L’image de dystopie autodestructrice qu’il en fait explique que son réalisateur n’ai pas trouvé l’autorisation de diffuser son film dans son pays d’origine. Pas complaisante pour un sou, l’histoire suit celle d’un ado rebelle s’imagine être le fils d’un chef de gang de Moscou, tant sa vie de tous les jours est sans saveur entre un beau-père violent et une mère trop aimante. Il tente par le rêve de s’échapper de cette violence quotidienne qui l’enferme à reproduire cette violence sur autrui. Comme pour Vanishing Waves, ces séquences de l’inconscient ont un ton un peu trop abstrait et freinent le spectateur à profiter pleinement du drame qui se joue dans le monde réel. Au bout des deux heures du long métrage, ces visions surgissant de façon inopinée ralentissent terriblement le bon déroulement de l’action à l’écran.

Alors que la première heure est consacrée aux errements urbains du personnage principal, la seconde suit son internement dans une maison de correction tenue par des militaires. Le long métrage prend les allures et emprunte les codes aux films de prison classique, où les rêves du héros encore plus présents trompent parfois le spectateur. Mais la brutalité intérieure et extérieure qui s’exerce sur cette jeunesse ne peut aboutir qu’à une seule issue possible: la révolution. Orchestrée par notre héros, l’émeute fait retourner la violence sociale qui a emprisonné ces jeunes contre ces militaires. Dans sa fuite, le jeune évadé se perd complètement entre rêve et réalité et le dernier acte se conclut dans cet espace-temps indéfini et indescriptible qui n’apporte pas forcément de réponse à la problématique de la violence sociétale posée au départ par Bullet Collector.

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