Synopsis : Hushpuppy, 6 ans, vit dans le bayou avec son père. Brusquement, la nature s’emballe, la température monte, les glaciers fondent, libérant une armée d’aurochs. Avec la montée des eaux, l’irruption des aurochs et la santé de son père qui décline, Hushpuppy décide de partir à la recherche de sa mère disparue.
Les deux propositions de cinéma les plus intéressantes offert par le jeune cinéma alternatif américain aux spectateurs ces dernières années, se déroulent dans une région iconoclaste des États-Unis: le bayou de la Nouvelle-Orléans. Alister Banks Griffin, dans Two Gates Of Sleep semblait croire à la magie d’une terre qui modèle l’humain qui le transforme, quelle le possède bien plus qu’aucune loi. La nature est une force magique également pour Benh Zeitlin, qui avec Beasts of The Southern Wild réalise l’un des films, les plus poétiques sur les USA de l’après Katrina et sans aucun doute le plus dur. Le cyclone Katrina fut à l’origine d’une catastrophe historique: pour beaucoup d’américains, un choc tout aussi effroyable que le 11 septembre 2001.
En l’espace d’à peine cinq ans, la légende de la première puissance mondiale s’effondrait. L’idéologie néolibérale, qui avait poussée les différents gouvernements à détruire les services publics et sacrifier la sécurité sous l’hôtel de la rigueur budgétaire et de la sous traitance, laissait une facture terrible aux citoyens des États-Unis: Incapables de se protéger d’une attaque extérieure, les institutions américaines publiques ou privées se montraient tout aussi incapables de gérer une catastrophe naturelle. Ces deux événements ont en tout cas changés la face du cinéma américain.
A la vue de Beasts of The Southern Wild le constat est d’ailleurs sans appel: les USA sont un pays du tiers monde. Sous couvert d’un conte écologique sur fond d’apocalypse, la charge contre le rêve américain est violente. Au XXIé siècle les États-Unis se structurent autour d’un apartheid social violent ou les bidons villes se multiplient. Dans Beasts of The Southern Wild, Benh Zeitlin pose son regard sur l’un d’entre eux, fictif mais si réel. Loin de verser dans le misérabilisme, il imagine une fable tournant autour d’une petite fille, petit chiot, (hushpuppie) éduquée à la dure par un père cardiaque. Isolée dans un bassin laissé à l’abandon, la petite communauté survie de ce que peut leur donner la nature qui, du coup, redevient une source de culte et de crainte. Baigné dans la moiteur du bayou, on nage souvent en pleine culture vaudou. Noyant parfois son film dans une musique festive de la Nouvelle-Orléans, Zeitlin réalise un joyeux film sur la fin du monde.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le réalisateur à un sens inné de l’image iconique. Qu’il s’agisse du splendide générique ou des créatures préhistoriques s’avançant vers les marécages de la Louisiane, Benh Zeitlin recycle un univers visuel connu: On pense autant aux derniers films de Spike Jonze (Max et les Maximonstres) ou au monde magique bicéphale de Gondry/Björk qu’aux chefs d’œuvres de l’animation du maitre Hayao Miyazaki (Princesse Mononoke). Finalement Benh Zeitlin se comporte un peu comme ses personnages: un peu comme la nature, le cinéma est un monde magique dans lequel ont doit retourner pour y recycler les meilleures moments et en faire quelque chose d’autre. Sans être un chef d’œuvre, Beasts Of The Southern Wild est un très joli film qui mérite amplement les prix qu’il a pu obtenir autour du monde, et en premier lieu, la Caméra d’Or au festival de Cannes.
Sortie : 12 Décembre 2013
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