Synopsis : A Glasgow, Robbie, tout jeune père de famille, est constamment rattrapé par son passé de délinquant. Il croise la route de Rhino, Albert et la jeune Mo lorsque, comme eux, il échappe de justesse à la prison mais écope d’une peine de travaux d’intérêts généraux. Henri, l’éducateur qu’on leur a assigné, devient alors leur nouveau mentor en les initiant secrètement… à l’art du whisky ! De distilleries en séances de dégustation huppées, Robbie se découvre un réel talent de dégustateur, bientôt capable d’identifier les cuvées les plus exceptionnelles, les plus chères. Avec ses trois compères, Robbie va-t-il se contenter de transformer ce don en arnaque – une étape de plus dans sa vie de petits délits et de violence ? Ou en avenir nouveau, plein de promesses ? Seuls les anges le savent…
Le cinéma de Ken Loach est dichotomique en plus d’être politique. Si il est impossible pour lui de ne pas s’agacer face a l’application froide et calculée d’une idéologie, le capitalisme, décriée par un nombre croissant d’humanistes de tout poils, il lui arrive d’en rigoler. Son dernier film, La Part des Anges, est probablement l’une de ses meilleures comédies. Toujours épaulé de son fidèle scénariste Paul Laverty, Loach suit ici les pérégrinations de jeunes adultes subissant des peines d’intérêt général. Imaginez donc la bande de branleurs de la série Misfits dans un film trotskiste et vous aurez une bonne idée du vent de fraîcheur qui se lève sur le cinéma social politique.
A l’initiative de leurs tuteurs, la bande de bras cassés découvre la distillerie du Whisky. L’un d’eux, Robbie, se découvre le nez fin qui le fait passer pour un spécialiste. Loin de vouloir tomber dans la facilité d’une confrontation comique entre la bourgeoisie bonne vivante et le prolétariat alcoolique, les deux compères vont se concentrer sur la bande a Robbie. Voulant sortir de son environnement hostile qui sera source évidente de récidive, ce dernier échafaude un plan qui lui permettra de sortir de la mouise avec sa petite famille. Car, bien sur, sans en avoir l’air, Ken Loach se fait un malin plaisir à mettre en lumière un système ou pour s’en sortir la débrouille s’arrange avec les lois. Robbie se découvre dans la chaparde bien plus adroit que ce représentant de Whisky, qui sous ses oripeaux de la belle classe se révèle tout aussi fripouille.
Bref, tout en distillant beaucoup d’humour dans son film, Loach pose un regard humaniste sur la racaille tout autant que sur le bourgeois. Tel Jean Renoir, on se met a penser que tout le monde à ses raisons. Mais dans un tel système corrompus, Loach a bien plus de sympathie pour les damnés de la terre. Loin de tout manichéisme, il donne pourtant au spectateur l’occasion de recouvrir la vue: le goût des choses n’est pas forcement affaire de classe, et les racailles ont parfois dans leur manigance des intentions toute a fait nobles. On est loin du journal de 20h.
La Part des Anges fait autant référence à la part d’alcool qui s’évapore durant la fermentation qu’a la juste redistribution des richesses et réalise un film qui milite pour le droit au vol en cas d’absolu nécessité. Ken Loach se voit comme Robin des Bois, sauf qu’il redonnerait non pas l’argent aux pauvres, mais leur dignité volée par une injustice sociale criante. Il reprend également l’image du pauvre, érigé par la télévision en racaille, pour la redonner à ces personnages de cinéma toute en finisses et en complexité.
Un peu comme Another Country de Hong Sang-soo avec qui il partageait les rires du spectateur cannois, La Part des Anges sous sont aspect modeste et sans prétention se révèle plus complexe et plus fin qu’il n’y parait. On pourra toujours polémiquer sur son prix (le Prix du Jury) mais on ne peut pas lui retirer ses qualités scénaristiques et sa grande tendresse pour l’humanité. Certes, Ken Loach en est devenu le spécialiste, mais en alternant avec intelligence drame et comédie il empêche son cinéma de se scléroser dans un système putassier.
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