Synopsis : Après dix ans d’absence, Jacques ressurgit dans la vie de Mado, aujourd’hui mariée et mère de Paul, un garçon de sept ans. La relation de l’ancien couple est entachée du deuil d’un enfant. Alors que Mado a refait sa vie, Jacques en paraît incapable et lorsqu’il rencontre Paul, c’est un choc. La complicité de plus en plus marquée entre Jacques et Paul finit par déranger Mado qui leur interdit de se revoir. Mais Jacques ne compte pas en rester là…

En 2007, Sandrine Bonnaire s’essayait à la réalisation avec un long métrage documentaire titré Elle s’appelle Sabine, faisant un portrait touchant sur sa sœur autiste sur pas moins de vingt-cinq ans d’archives. En 2012, l’actrice-réalisatrice revient derrière la caméra avec une autre histoire personnelle qu’elle comptait un jour adapter sur le grand écran. Toutefois, J’enrage de son absence est une fiction. Une fiction contemporaine particulièrement sombre et tragique, à l’instar de son personnage principal interprété par William Hurt. Ce dernier y joue donc Jacques, un franco-américain qui revient un temps en France pour se charger de l’héritage de son père tout juste décédé. Mais autre chose le hante. Il décide de revoir Mado (Alexandra Lamy), son ancienne compagne qui s’est depuis remariée et a eu de cette nouvelle union un garçon, Paul (Jalil Mehenni). Jacques et Mado partagent un souvenir pesant : ils ont perdu leur fils dans un accident de voiture dont Jacques se sent encore responsable. Mais à la découverte du jeune Paul, une amitié va se créer entre ce dernier et le vieil homme qui revient tel un fantôme du passé dans la vie de Mado.

À l’écran, Alexandra étonne par sa ressemblance physique voulue avec la réalisatrice. Pourtant dans sa propre histoire, Sandrine Bonnaire était le nouvel enfant. Il est étrange, et dérangeant pour le personnage de Mado, que Paul se rapproche de Jacques et cherche à en savoir plus sur son grand frère disparu. Elle a décidé de tourner la page alors que lui reste bloqué à ruminer son triste passé. Wlliam Hurt tient cette grande silhouette grave, toujours vêtu de noir, dépressif au possible. Ce genre de figure qui attire rarement les enfants. Mais sept ans c’est l’âge où l’on se pose toute sorte de questions. Notamment sur la mort et l’idée de l’irréversibilité de cette disparition. Jacques atteint le point de non retour lorsqu’il réussit à s’installer à l’insu de Mado et de son nouveau compagnon dans la cave de son immeuble. Il y retrouve, recouverts de poussière, les jouets qui ont appartenu à son fils défunt et les partagent avec Paul.

Certains verront dans cette vie souterraine une sorte de renaissance, mais Jacques est une masse qui tombe inexorablement en entrainant, malgré toute la bonne volonté qui lui reste, tout ce qui l’entoure dans sa chute. Voyez là plus l’image d’un homme qui choisi de s’enterrer vivant. Néanmoins, Jacques tente de se raccrocher à elle et à son fils autant qu’il peut. Lors d’une visite concédée à la fête foraine, le trio forme une vraie famille et profite tacitement de cet instant heureux de cette façon. Depuis l’accident, Jacques est entré dans une spirale sans fin qui l’emmène dans l’obscurité. Mado l’a compris et avait choisi de le quitter. Cette fois, elle le voit également projeter (sûrement inconsciemment) l’image de leur fils disparu sur Paul et refuse, pour le bien de tous, de laisser la relation entre Jacques et Paul se poursuivre.

La perte d’un enfant est surement le pire drame qui puisse arriver à qui que ce soit. Sandrine Bonnaire choisi de ne pas exposer cette information capitale dès le départ. Nous échappons également aux flashbacks, résumés en babillements et cris d’enfant pendant le générique d’ouverture. Suivant Jacques qui reprend contact avec Mado, le spectateur en apprend peu à peu davantage sur ce drame qui les lie et au nouveau qui se noue avec Paul. Le combat des pères à l’écran est malheureusement plus compliqué dans sa mise en forme simpliste. William Hurt est présenté comme le père cool, toujours présent et avenant, alors qu’Augustin Legrand est le père violent, colérique et autoritaire. Le premier coincé volontairement tel un intrus dans la cave, Mado ne peut que soutenir le second. L’opposition entre ressenti et raison est alors trop visible. De plus, la survie dans cette pièce enterrée exigüe est assez irréaliste au fur et à mesure des jours et des semaines qui semblent se dérouler.

Tel un entonnoir, le récit nous emmenant sur une heure et trente minutes ne peut aboutir qu’à une seule issue possible. Amenée par le désamorçage de la situation principale qui s’est étirée plus que de raison, la fin n’apporte aucune réponse ou conclusion au récit. Marquant déjà un certain temps pour trouver son rythme, J’enrage de son absence finit par ressembler à une pièce en trois actes mais sans troisième acte. Malgré un William Hurt un peu pataud, bridé en sous-régime, et des dialogues par moment trop écrits (le titre est l’une des répliques du film), le reste du casting réduit s’en sort dans les moments calmes. On attendra Sandrine Bonnaire sur des sujets peut être un peu moins personnels, mais surtout plus heureux.

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