Synopsis : De l’aube à la nuit, quelques heures dans l’existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille… M. Oscar semble jouer des rôles, plongeant en chacun tout entier – mais où sont les caméras ?  Il est seul, uniquement accompagné de Céline, longue dame blonde aux commandes de l’immense machine qui le transporte dans Paris et autour. Tel un tueur consciencieux allant de gage en gage. A la poursuite de la beauté du geste. Du moteur de l’action. Des femmes et des fantômes de sa vie. Mais où est sa maison, sa famille, son repos ?

Nouveau film événement du français Leos Carax (absent du grand écran depuis la réalisation d’un segment du film Tokyo aux côtés de Michel Gondry et Bong Joon-Ho), Holy Motors relate le parcours de Monsieur Oscar, étrange personnage qui prendra tour à tour l’apparence de plusieurs personnes le temps d’un voyage en limousine tout autour de Paris. Mais au delà de ce synopsis hésitant se cache une très intéressante réflexion sur le cinéma.

Inutile d’y aller par quatre chemins : Holy Motors ne ressemble à aucun autre film vu auparavant. Il s’agit d’une expérience, d’un trip hallucinant comme on en voit peu dans sa vie. Et cette expérience de cinéma vaut le détour certes, mais elle vaut surtout que l’on se fasse son propre avis sur l’œuvre vu sa densité. Car face à un film aussi insolite, on ne peut rester indifférent. Pour son grand retour, Carax voit grand. Ses talents de mise en scène apportent un vrai plus et fait la force du film. Malgré la confusion qui règne à l’ouverture du film, sa construction progressive apporte une clarté gratifiante qui permet une réflexion optimale.

Il y a du génie dans le film de Carax ; le film aurait pu être une vaste supercherie mais il n’en est rien. Le metteur en scène fourmille d’idées et au lieu de partir dans tous les sens, Holy Motors retombe sur ses pattes et mieux, on sort satisfait de la séance, heureux de pouvoir s’interroger nous-mêmes sur les questions que Carax nous soumet. Un luxe permis grâce à une grande maîtrise de l’œuvre par son réalisateur. Quand l’acteur vit-il vraiment ? Qu’est ce qu’on rôle et quand son interprète le quitte t-il ? Pour illustrer ces questions existentielles, Carax place devant sa caméra son acteur fétiche, Denis Lavant. Ici, ce dernier relève au la main le défi d’interpréter pas moins de onze personnages différents, tous aux antipodes l’un de l’autre. Qu’il se transforme en père de famille, en mendiante, en vieil homme sur son lit de mort ou en son personnage de Monsieur Merde, Lavant excelle et montre toute l’étendue de son jeu, cette expression s’appliquant ici littéralement. Mais les surprises successives de la découverte de ses prochaines identités ne sont pas les seules. Le film de Carax met aussi en scène pour la première fois la chanteuse Kylie Minogue dans un rôle intense qu’elle joue avec une justesse bluffante. L’australienne se fond à la perfection dans le film mais est aussi à la fois profondément marquante.

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