[Critique] Extrêmement Fort et Incroyablement Près de Stephen Daldry (2012)

[Critique] Extrêmement Fort et Incroyablement Près de Stephen Daldry (2012)

Synopsis : Oskar Schell, 11 ans, est un enfant exceptionnel : il est inventeur amateur, francophile et pacifiste. Après avoir découvert une mystérieuse clé ayant appartenu à son père, mort dans le World Trade Center le 11 septembre, il se lance dans une quête urgente et secrète le menant aux cinq arrondissements de New York. Alors qu’Oskar parcourt la ville, il rencontre une variété d’individus qui sont, tous à leur façon, des survivants. Ultimement, le voyage d’Oskar se termine là où il a commencé, mais avec le réconfort de l’expérience la plus humaine qui soit : celle vécue au sein d’une communauté.

Pour son dernier film, Stephen Daldry (Billy Elliot, The Reader…) choisit d’adapter le roman de Jonathan Safran Foen, Extrêmement Fort et Incroyablement Près, une œuvre sur la quête d’un jeune garçon cherchant à trouver ce qu’ouvre une mystérieuse clé découverte dans le placard de son père, décédé dans les attentats du 11 Septembre 2001. Toute ressemblance avec le synopsis du Hugo Cabret de Scorsese est bien sur un pur fruit du hasard, les deux films étant radicalement différents. Mais sans plus attendre, voyons voir ce que Extrêmement… a dans le ventre.

La très récente nomination du film à la catégorie suprême du meilleur film aux Oscars en avait laissé plus d’un dubitatif et augmentait en quelque sorte les doutes que j’avais développé vis à vis du long métrage. Sortant de nul part dans les films nommés, il devait avoir été choisi pour le simple fait que le film a pour événement central le 11 Septembre : le snober aurait pu être mal vu. On ne sait jamais vraiment comment fonctionnent les américains à ce niveau là me direz vous… C’est donc assez craintif que je me suis présenté dans la salle de cinéma, m’attendant à une avalanche de bons sentiments indigestes, à un mélo balourd. Mais voilà, j’ai été touché par EF&IP. Très ému même, aux larmes. Sous la condition de se laisser emporter par la beauté du film et de son lyrisme, vous vous retrouverez tout aussi séduits que je l’ai été. Le film est construit de manière astucieuse et sait créer une certaine impatience dans la progression de son histoire sans jamais frustrer et au contraire, satisfaire notre attente. Le film est davantage une œuvre sur le deuil que sur le fameux « 9/11 ». Le tout est abordé sur un ton très juste et à échelle humaine (et plus spécialement celle d’un enfant) car au delà de l’ampleur de l’évènement (d’où l’« extrêmement fort »), la tragédie a touché énormément de personnes, dont notre propre famille ici (d’où l’« incroyablement près »).

Pour son 4ème long-métrage, Daldry prend le pari très risqué de faire tenir le film sur les épaules du jeune Thomas Horn. S’il fêtera son 15ème anniversaire cette année, il s’agit ici de son premier film (le garçon fut repéré par le producteur Scott Rudin alors qu’il gagnait un jeu télévisé). Ce pari s’avère être fort payant : Horn est surprenant dans son rôle de gamin perturbé, à la limite de l’autisme. Pour ses premiers pas au cinéma, c’est incroyable. Afin d’interpréter les adultes qui gravitent autour de notre héros, il y a du beau monde : Tom Hanks et Sandra Bullock dans le rôle des parents, mais aussi Viola Davis, Jeffrey Wright, John Goodman… et surtout Max Von Sydow, dantesque dans son interprétation d’un vieil homme muet. Tous ses dialogues passent par du texte écrit sur un simple carnet mais il sait pourtant nous toucher en plein cœur sans dire un mot.

L’autre grand atout du film se trouve au niveau de sa musique. Déjà très en forme l’an dernier, le frenchie Alexandre Desplat (Le Discours d’un Roi, The Tree of Life, Harry Potter…) commence très bien son année 2012 avec une bande originale puissante, émouvante et enchanteresse. Des partitions que l’on place sans hésiter parmi les plus beaux travaux du compositeur. Et si Extrêmement Fort et Incroyablement Près méritait ses deux nominations aux Oscars ? À la vue du film, c’est une évidence. On en réclamerait presque davantage tellement la réalisation de Stephen Daldry est une merveilleuse surprise. Porté par un jeune acteur talentueux et une sublime bande originale, ce drame intense vous bouleversera. Un coup de cœur.

Nadrien

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