Synopsis : Boy, onze ans, habite dans un village maori avec sa grand-mère, son petit frère Rocky, et une tribu de cousins. Il vit dans un monde imaginaire, est fan de Michael Jackson et de son nouveau tube « Thriller ». L’autre héros de Boy est Alamein, père absent que le jeune garçon imagine tantôt en samouraï maori, tantôt en star du rugby ou encore en intime du roi de la Pop. Après sept ans d’absence, lorsque Alamein rentre à la maison, Boy va devoir confronter ses rêves à la réalité...

Il ne faut pas s’arrêter devant la relative modestie du nouveau film de Taiki Waititi, créateur de la série très poétique et drôle Flight Of The Conchords, il faut au contraire ne pas rater sa sortie, discrète, en salle. Boy cache en effet un film formidable autant pour les enfants que pour leurs parents. Ces derniers n’auront de cesse durant le film de se rappeler l’époque où Michael Jackson a inondé le monde de son Thriller. Dans « Lipstick Traces, histoires secrètes du 20e siècle », Greil Marcus écrivait « Le triomphe de Michael Jackson a été de permettre aux gens de ne pas choisir. Thriller était là.»

C’est exactement le rôle que lui donne Taika Waititi dans Boy. Il n’y a pas a choisir, Thriller est là, dans la vie de Boy, petit bout de choux plein de malice. L’existence même de l’album de Michael Jackson permet au réalisateur de ne jamais en faire raisonner une seule note. Quel plus bel hommage au pouvoir de la musique sur le monde que celui d’un adepte de la puissance de l’image à la musique. Pour Waititi comme pour Nietszche « sans le musique, la vie serait une erreur ». On s’en doutait en suivant sa série, Boy nous le confirme d’une très belle façon. C’est, bien entendu, également une victoire du spectacle sur la vie. Chez Waititi faute de révolte à opposer à une réalité sordide, la puissance de l’imaginaire, dont les enfants sont les rois, donne à ce monde toute sa beauté.

Une façon de dire, la vie est ainsi faite, autant s’amuser. Un fatalisme plein d’optimisme que le réalisateur illustre via l’animation de dessins pour enfants et de petits séquences fictionnelles à l’intérieur du récit. Boy fait face au monde avec le sourire de l’enfant pour qui tout est aventure. Le rebord d’un trottoir est un précipice, et les trafiquants de drogue de simples jardiniers. Mais au final, ce que réussi le mieux le cinéaste est le portrait d’un amour. Celui d’un père que la vie n’a pas gâté à son fils. Il a pour lui la vie pour éviter les pièges que celle ci dresse devant l’évolution d’un gosse vers la vie d’adulte. Il n’y a pas plus émouvant dans Boy que de voir ce beautiful loser (interprété par Taika Waititi lui même) travailler dur pour être à la hauteur de la vision qu’a de lui son plus grand fiston.

Le spectacle encore une fois se montre supérieur à la vie, mais pas dans son essence totalitaire comme impose le système publicitaire de l’image Michael Jackson, mais comme un moyen de se révolter face à la violence de la vie. Pour le coup le générique final est un beau pied de nez à la vie, ainsi qu’a l’album Thriller.

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